mercredi 18 mai 2016

Pourquoi refuser la loi El Khomri ?



Pourquoi refuser la loi El Khomri ? Parce que, on l’a vu partout en Europe, ce sont les conditions d’indemnisation du chômage qui ont fait baisser les statistiques du chômage et non l’afflux, jamais constaté, des embauches. Ceci conduisant à retrouver des taux d’extrême pauvreté rappelant plus le XIXème siècle que le XXème. Parce qu’elle ne sert qu’à supprimer les protections arrachées par les travailleurs face à la logique du système économique, exploitation de l'homme par l'homme et nécessité du profit, qui fait que les patrons, quand ils le peuvent, ne respectent pas la loi.
Oui, mais tant qu'existe le Code du travail, ils sont dans l'illégalité et peuvent être condamnés.

C'est ainsi que Lucien Gauthier dans IO, nous rappelle qu'une procédure judiciaire vient de faire requalifier en CDI une série de CDD, le 16 mars 2016. Cela concerne un chef opérateur à France Telecom qui entre 1983 et 1999, avait eu 769 contrats à durée déterminée successifs. Depuis 2013, les CDD pour les remplacements et les travaux saisonniers sont exonérés de taxation. Les patrons se sont emparés de cette opportunité pour maquiller les CDD « normaux », en CDD de « remplacement ».

Comme l'explique une spécialiste de ce dossier, dans le Monde du 4 mai, les patrons profitent du fait que « le risque de contentieux est limité. Sociologiquement les personnes en contrat précaire n'ont pas pour premier réflexe d'aller voir un avocat en cas d’abus ». « Mounir la cinquantaine, a travaillé chez un traiteur parisien de renom en tant que maître d’hôtel « extra » durant douze ans jusqu'a 200, voire 300 heures par mois selon un contrat tacite à la journée ». « Il avait tous les devoirs d'un CDI (…) mais il n'avait pas les avantages du CDI ». « C'est après avoir posé une question sur sa situation à la direction qu'il a été écarté. Mounir a pu faire requalifier son contrat en CDI. La société a perdu en appel ».

Les patrons ne respectent pas les règles et les normes. .. Oui, mais tant qu'existe le Code du travail, c'est illégal, et les patrons peuvent être condamnés, les salariés sont protégés. Si le projet de loi travail s'appliquait, cette précarisation et cette déréglementation deviendraient légales et s'appliqueraient à tous. Ce serait un retour à la loi de la jungle, la loi du plus fort et depuis La Fontaine tout le monde sait : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».

 A bientôt.

mardi 17 mai 2016

Panama Papers ou les dernières « évolutions » du capitalisme.



L’éditorial d’Eric Chol, intitulé « Panama Papers : l’heure des sanctions », dans Courrier International du 07 avril 2016, m’inspire cette réflexion.

Panama, un nom qui rime avec corruption et scandale depuis longtemps. En 1893, lorsque s’acheva le procès de l’affaire du canal de Panama, seul un malheureux ancien ministre des Travaux public, Charles Baïhaut, fut condamné à cinq années de prison. Les célébrités de l’époque, Ferdinand de Lesseps et Gustave Eiffel, parvinrent à échapper, comme aujourd’hui, à la prison. Mais l’ampleur de l’escroquerie jeta l’opprobre sur l’ensemble de la Troisième République, parlementaires, ministres et journalistes compris.

Plus d’un siècle après, et différents errements, le nouveau scandale qui éclabousse ce petit bout de territoire d’Amérique centrale atteint une dimension planétaire. La presse a fait son travail, ça arrive, unissant les forces de plus de 100 journaux, l’opération Panama Papers jette un nouveau pavé dans le marigot des pratiques financières des « grands » de ce monde.

La corruption, nous répètent les experts de l’OCDE et de la Banque mondiale, ronge les économies, fabrique des inégalités et sape les systèmes politiques. Mais ne connaissent qu’une politique : le libéralisme économique et pour l’OCDE la réduction des déficits des Etats. Résultats : seuls les peuples  payent la note. Les paradis fiscaux, antichambres de la cupidité mondiale, continuent de faire commerce de leurs attraits. On les croyait enterrés depuis la crise des subprimes et Sarkozy qui en avait décrété la fin. Ils n’ont pas pris une ride sous le soleil des Caraïbes… et ailleurs. Un mépris qui témoigne, une fois encore, de la dépendance du G20 et des gouvernements à la domination de la finance et de leur absence de volonté à mettre un terme à la tentation du offshore.

Il ne s’agit plus de parler de sanctions, mais de stopper ce processus de précarisation des peuples du monde.

A bientôt.

Et la Grèce ?



On ne parle plus de la Grèce. Pourtant elle vient d’enregistrer une nouvelle et puissante grève générale contre les mesures Tsipras, renforcée par une grève des marins de quatre jours. Un énième pillage des retraites, réduisant encore de 15 % en plus de l'escroquerie, le vol dans le calcul du montant des pensions déjà misérables. L'appel de la centrale syndicale grecque à la grève générale pour empêcher le gouvernement Tsipras « d'enfoncer le dernier clou du cercueil de la Sécurité sociale »  recueillera chez les travailleurs français une sympathie double, eux qui combattent l'assassinat par Hollande des conventions collectives de 1936.

Certains en France, pourtant, persistent à voir en Tsipras le modèle d'une « gauche » européenne rénovée.   
Cet innocent Dr Jekyll serait forcé par l’Union Européenne à se muer en barbare Mr Hyde contre les travailleurs, en fait celui-ci se révèle un adjoint de la classe politique libérale. Un journal conservateur allemand Handelsblatt démontre que les « aides » de l’Union Européenne à la Grèce, moyen de chantage pour dicter une austérité féroce contre le peuple depuis six ans, ont bénéficié au budget grec pour 5% et aux banques européenne pour 95%. De qui se moque-t-on ? CQFD.
Autre modèle, parait il, pour une « alternative de gauche » : Varoufakis, ex ministre grec des finances, qui a démissionné pour ne pas assumer les spoliations prévues par la Commission Européenne et qui orne les podiums de débat sur 2017; ce défenseur d’une Union Européenne « modernisée » vient de proclamer son « amitié » pour un autre réformateur, Macron, dont « il partage la vision » lui qui se veut « un ministre de gauche en faveur de mesures libérales ». Suit-il les pas de ses prédécesseurs ?

Croit on les travailleurs seulement capables d’être ballotés d’une trahison à l’autre ? A moins que la devise de la Première Internationale « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » soit plus que jamais vraie. N’oublions pas, qui dirige ?... Personne, on s’en charge nous-mêmes.

A bientôt.

lundi 16 mai 2016

Non, Guardiola et Simeone ce n’est pas le même chose, par François Sorton.



A quoi sert le football pour le commun des mortels? A cette question de prime abord simpliste ou infantile, on a juste envie de répondre à prendre du plaisir, à se distraire, à passer un bon moment. En étant si basique, on a l’impression ridicule d’enfoncer une porte ouverte. A ceux - dont nous sommes - qui pensent donc que l’Atletico Madrid et son entraîneur Diego Simeone sont des venins toxiques justement parce qu’ils tuent le plaisir, tous nos prétendus experts (entraîneurs ou ex-joueurs) nous expliquent que nous sommes de robustes crétins et que nous ne savons pas apprécier la science et la culture de la gagne.
Miroir Du Football — 8 Mai 2016

En faisant preuve de curiosité, on a beaucoup lu et entendu les commentaires depuis mardi soir et c’est une déferlante enthousiaste à l’égard de Simeone  ; juste certains ont osé une légère préférence pour un jeu plus ouvert. Mais comme il y eut une Mourinhomania, une Guardiolamania, il y a aujourd’hui une Simeonemania. Tout est pareil, tout se vaut, disent-ils, attaquer, défendre, peu importe du moment que la victoire est au bout. Les plus audacieux ont  même décrété qu’après le football de possession de la balle incarné par le Barça et l’équipe d’Espagne, la tendance symbolisée par l’Atletico allait prendre le pouvoir avec des déductions qu’ils jugent imparables  : le Bayern a eu la balle 72% du temps, a réussi 625 passes contre 147 mais a perdu, donc Simeone est plus fort que Guardiola. Ah  ! Ces syllogismes hâtifs, péremptoires, comme si une victoire allait décider du futur du football. Cette notion de modernité est en fait d’un fol archaïsme, elle nous ramène 50 ans en arrière, à l’époque de l’Inter de Milan du Franco-Argentin Helenio Herrera. Herrera-Simeone, même combat, libero en moins  : le vice est aussi constant (les coups sont moins fréquents grâce à l’amélioration de l’arbitrage), sur chaque touche, chaque remise en jeu, on grappille du temps, au moindre choc on se roule par terre, au moindre coup de sifflet on ceinture l’arbitre, enfin du grand classique de pourrissement de match.
Si Simeone a du génie –il en faut pour tenir tête durablement avec 200 millions d’Euros face au Real et au Barça qui en ont 550- c’est un génie démoniaque, le génie de la destruction. Depuis que le football existe, est-ce qu’une équipe a autant et aussi remarquablement défendu collectivement, autant rendu l’adversaire impuissant  ? On n’en a pas le souvenir. Est-ce qu’une équipe a déjà été aussi assommante  ? Peut-être mais l’Atletico n’est pas mal placé dans le palmarès. Imagine-t-on le désastre lorsque deux équipes identiques se rencontrent  ? On l’a vécu en huitièmes de finale de la Champion’s League. Le PSV Eindhoven, reniant une tradition plutôt joueuse, a rivalisé tant à l’aller qu’au retour  : 9 défenseurs campés devant leur but, une demi-occasion en 180 minutes jusqu’à l’épreuve des tirs au but au bout de la nuit et de l’ennui.
Venin contaminant   
D’une certaine manière, les gagnants font toujours école, influencent le jeu. Depuis l’avènement du Barça, beaucoup d’équipes en Europe jouent mieux au football, perdent moins vite le ballon, ont amélioré leur fond de jeu. Le phénomène est perceptible à près partout, sauf en France malheureusement qui accuse beaucoup de retard et n’a pas compris qu’il fallait offrir autre chose. Elle ne se pose même pas la question de savoir pourquoi, alors que de nombreux stades ont été construits ou rénovés, la moyenne de spectateurs est en chute libre (20  695 contre 22  033 l’an passé, soit 7% de moins) alors que le PSG fait le plein partout. Si le virus Atletico devait sévir quelque part, soyons sûrs que nous serions les premiers servis. C’est pourquoi il faut souhaiter la victoire du Real en finale. L’équipe de Zidane n’est pas très brillante, son jeu est un peu décousu avec les purs contre-attaquants que sont Cristiano Ronaldo et Gareth Bale mais enfin elle essaie de jouer. Simeone en perdrait du coup un peu de hauteur et de grandeur. Ce n’est même pas une question de morale mais de salubrité publique. Ecoutons l’entraîneur de Sochaux, Albert Cartier qui fait souvent descendre les équipes dont il a la charge  :  «  J’aime les «  impact players  » de l’Atletico  ». Des sorties comme ça rempliraient des cahiers depuis mardi soir.
Éthiquede responsabilité
Alors que le football a entamé une épreuve de visibilité et de popularité universelle, que les droits télé explosent partout dans le monde, que l’on consomme le football comme un divertissement ou un spectacle, l’avènement de la pieuvre Atletico serait évidemment contre-productif s’il faisait boule de neige. L’épopée doit rester un feu de paille, un épiphénomène. Simeone, c’est vrai, inspire le respect parce qu’à l’inverse de Mourinho, par exemple, égocentrique exacerbé, il s’appuie sur une haute culture collective, la diffusion d’un supplément d’âme, une adhésion totale. Du respect, donc mais aussi de l’effroi car la propagation de «  l’esprit Simeone  » nous plongerait dans la désolation d’un football de «  muerte  ».
Simeone et Guardiola nous font penser à deux chercheurs maîtres es-football  : le premier a inventé un poison, le second un vaccin. On préfère un vaccin à un poison.

Allez faire un tour de temps en temps sur ce site si vous aimez le "beau" football, en tout cas le foot collectif et construit.
A bientôt.

La Libre Pensée reçue à l’Observatoire de la Laïcité



Dans le cadre de la rédaction de son rapport annuel, l’Observatoire de la Laïcité, présidé par Jean-Louis Bianco a reçu le mardi 15 mars 2016 la Fédération nationale de la Libre Pensée, représentée par son Président Jean-Sébastien Pierre et son Secrétaire général David Gozlan. Sous la conduite du rapporteur général de l’Observatoire, Nicolas Cadène, nous avons pu y développer dans le temps imparti les positions de notre association. Après avoir remercié l’Observatoire d’avoir reçu la Libre Pensée, nous nous félicitons qu’il puisse de nouveau travailler sereinement.

Nous avons rappelé que :

Nous sommes pour l’application de la Loi de 1905 sur la Séparation des Eglises et de l’Etat sur l’ensemble du territoire de la République.
C’est une loi de liberté. Il ne peut y avoir pour nous, ni religion d’Etat (ou reconnues par un Concordat), ni d’athéisme d’Etat, mais bien le respect de la liberté de conscience pour tous. C’est pourquoi elle n’a pas pour but d’infliger des restrictions à l’expression des citoyens dans la sphère privée. Nous refusons que la laïcité serve de prétexte à des fins de discriminations contre les étrangers et en particulier les musulmans. Nous rappelons que l’argutie selon laquelle l’Islam n’existait pas en France en 1905 est parfaitement mensongère. Les musulmans étaient plus de dix millions dans les 3 départements de l’Algérie qui était « française » à l’époque. Ce fut une décision politique colonialiste de maintien de l’indigénat que de ne pas appliquer la loi de 1905 dans ces territoires. L’association des « Ulemas progressistes » puis le Parti du Peuple Algérien de Messali Hadj réclamaient l’application de la loi de 1905 et la liberté cultuelle qui lui était associée.

Nous sommes opposés à tout financement public des cultes ainsi que des écoles privées.
Nous avons réitéré notre évaluation du détournement de dix milliards annuels de fonds publics en direction des Eglises et de l’enseignement privé. Il s’agit de la concurrence déloyale que l’Etat inflige à sa propre Ecole publique en finançant un système scolaire à caractère propre religieux. Il faut abroger la loi Debré, « mère de toutes les lois antilaïques » et toutes les lois qui en découlent.

Nous avons réaffirmé notre attachement aux Franchises universitaires.
Ces franchises datent de 1231 comme concession du Pape de l’époque, et ont rapidement été obtenues par presque toutes les universités d’Europe, puis du monde. Elles sont consignées de façon moderne dans le Code de l’éducation. Ces franchises font du Président de l’Université le garant des libertés, interdisant aux forces de l’ordre et à la justice d’intervenir directement dans l’établissement sans son consentement express, sauf dans des cas très particuliers et prévus par la loi. Or, nous avons vu dans deux cas, celui de Rachid Zouhhad à l’IUT de Saint Denis et de Bernard Mezzadri à Avignon, un Directeur ou un Président d’Université dénoncer directement leurs agents au Parquet, sans même réunir les instances disciplinaires paritaires. Notons que le Directeur de l’IUT de Saint-Denis, bénéficiaire d’un « Prix de la laïcité » décerné par le Premier ministre (on a fait beaucoup mieux en matière de laïcité), est maintenant convaincu de harcèlement et de calomnie vis-à-vis de deux de ses enseignants, accusés indûment de détournements de fonds et de montage d’un complot islamiste. Nous avons fait état de notre satisfaction devant les avis promulgués par le CNESER, puis par la Conférence des Présidents des Universités et par l’Observatoire sur les questions de la laïcité à l’Université.

Nous sommes revenus sur les violations de la loi de 1905 constituées, outre par la question des crèches de Noël, par les affaires de la « Vierge » de Publier et de la statue de Jean-Paul II, surmontée d’une arche et d’une croix monumentale, à Ploërmel. Ces deux affaires nous semblent suffisamment graves et emblématiques, nous demandons que les décisions de justice soient appliquées et que les violations flagrantes de la loi de 1905 cessent au plus vite.

Nous rappelons l’attitude scandaleuse au cours de l’émission « C dans l’air » de décembre 2014, ou la Libre Pensée, nommément désignée, a été vouée à la vindicte publique sans possibilité d’intervenir et sans droit de réponse. Nous avons, en conséquence, déposé une requête au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel qui n’a jamais répondu. Nous communiquons la requête à l’Observatoire pour qu’il intervienne afin d’obtenir une réponse de la part du CSA.

Enfin, nous abordons la question des aumôneries dans les hôpitaux qui vient de faire l’objet d’un guide de l’Observatoire. Nous avons pris bonne note du fait que ce guide n’a pour objet que de confirmer les dispositions juridiques en vigueur, la loi telle qu’elle est et non de la changer. Nous émettons les plus vives réserves sur la circulaire évoquée dans le point 2, introduisant, selon nous, des éléments communautaristes dans les relations entre hospitaliers et patients.

Paris le 20 mars 2016

samedi 23 avril 2016

Hommage à Umberto Eco.



Umberto Eco, né en 1932 à Alexandrie dans le Piémont est mort le 19 février 2016 à Milan. Eco est un universitaire, érudit et écrivain italien. Reconnu pour ses nombreux essais universitaires sur la sémiotique, l’esthétique médiévale, la communication de masse, la linguistique et la philosophie, il est connu du grand public pour ses œuvres romanesques.
Titulaire de la chaire de sémiotique et directeur de l’École supérieure des sciences humaines à l’Université de Bologne, il en est professeur émérite depuis 2008.
Pionnier des recherches en sémiotique (La Structure absente, 1968, Trattato di semiotica generale, 1975), il développe une théorie de la réception (Lector in fabula (1959), Lector in fabula ou La Coopération interprétative dans les textes narratifs (1985)) qui le place parmi les penseurs européens les plus importants de la fin du XXe siècle.
Son premier roman, Le Nom de la rose (1980) connaît un succès mondial avec plusieurs millions d'exemplaires vendus et des traductions en quarante-trois langues, malgré un contenu dense et ardu. Umberto Eco met en application dans ce « policier médiéval » ses concepts sémiologiques et ses théories du langage, ceux-là mêmes qu'il enseigne à Turin. Ce fut un film à succés.
Dans Kant et l'ornithorynque (1999), il aborde la perception d’un point de vue généralisé mettant en rapport culture, appareil cognitif et appareil linguistique.
En 2014, dans un recueil de conférences, il parle de l’attrait de l’être humain à se Construire un ennemi.
Je vous cite la fin de la conférence :
« Il n'est pas nécessaire d'atteindre les délires de 1984 pour reconnaître en nous des êtres ayant besoin d'un   ennemi. On voit bien la force de la peur engendrée par les nouveaux flux migratoires. En élargissant à toute une ethnie les caractéristiques de certains de ses membres marginalisés, on est en train de construire aujourd'hui en Italie l'image de l'ennemi rom (aujourd’hui immigrant ou autre), bouc émissaire idéal pour une société qui, emportée dans un processus de transformation ethnique, n'arrive plus à se reconnaître.
La vision la plus pessimiste à ce propos est celle de Sartre dans Huis clos. D'un côté, nous ne pouvons nous reconnaître nous-mêmes qu'en présence d'un Autre, et c'est sur cela que reposent les règles de la cohabitation et de la mansuétude. Mais, plus volontiers, nous trouvons cet Autre insupportable parce qu'il n'est pas nous. En le réduisant à l'ennemi, nous nous construisons notre enfer sur terre. Quand Sartre enferme trois défunts, qui ne se connaissaient pas de leur vivant, dans une chambre d'hôtel, l'un d'eux comprend la terrible vérité :
Vous allez voir comme c'est bête. Bête comme chou ! Il n'y a pas de torture physique, n'est-ce pas ? Et cependant, nous sommes en enfer. Et personne ne doit venir. Personne. Nous resterons jusqu'au bout seuls ensemble. [... ] En somme, il y a quelqu'un qui manque ici : c'est le bourreau. [...] Eh bien, ils ont réalisé une économie de personnel. Voilà tout. [...] Le bourreau, c 'est chacun de, nous pour les deux autres. »
Ou dans Absolu et relatif, il dit :
« …à certains croyants de tirer de cette mort annoncée la fausse conséquence dostoïevskienne : si Dieu n'existe pas ou n'existe plus, alors tout est permis. Mais peut-être est-ce justement le non-croyant qui sait que, puisqu'il n'y a ni enfer ni paradis, alors il est indispensable de nous sauver sur terre en établissant bienveillance, compréhension et loi morale. »
Un homme a disparu. Ses écrits resteront.

A bientôt.

Code du travail.



« En France les réformes ne passent pas ». Ah bon ! Pourtant les acquis de nos aînés de 36 et 45 (durement acquis !) se dissolvent dans le bain de « l’adaptation à la modernité » chère à nos dirigeants et « experocrates » larbins aux ordres de l’UE libérale.
La dernière cible en date : le Code du Travail.

Vu d’Italie :
Pour Anna Maria Merlo Poli, correspondante du quotidien italien Il Manifesto, « la France fait comme les autres, elle arrive bonne dernière concernant cette réforme, que beaucoup de pays ont faite avant elle en Europe. Mais ça ne veut pas dire que c’est une bonne réforme... En Italie, des mesures analogues ont été adoptées l’année dernière : on a “détricoté” le droit du travail, “facilité” les licenciements et “assoupli ” les procédures, comme on dit. Les jeunes, par exemple, n’ont presque plus droit au CDI, mais doivent se contenter de contrats plus précaires. Un an après, le gouvernement parle de “réussite”, mais il y a beaucoup d’effets d’optique, et le chômage n’a pas vraiment baissé. Y a-t-il plus d’embauches si on supprime des droits ? Vu d’Italie, il est impossible de répondre à cette question par l’affirmative. » A la question : Pourtant, la France n’a-t-elle pas besoin de réformer son Code du travail ? Elle répond : « Bien sûr, il faut simplifier des procédures qui se sont empilées au fil des ans. Mais, quand on parle de “dépoussiérer” ou de “réformer”, c’est finalement toujours la même chose : à la fin, on a moins de droits. Le travail est devenu la seule variable d’ajustement de nos sociétés. » «  La France est dans une meilleure situation économique que les Italiens quand la réforme du droit du travail a été adoptée chez eux : le pays était alors épuisé par un chômage très important. La situation française est meilleure. » « Les relations entre employeurs et employés sont une épreuve de force permanente. Les salariés, les chômeurs et les jeunes qui dénoncent le projet de loi n’ont aucune raison de faire confiance aux chefs d’entreprise. Assouplir les conditions de licenciement pour faciliter de nouvelles embauches ? Vu le bilan de ces dix dernières années, ils n’en croient pas un mot et jugent cela totalement irréaliste. »

Vu d’Espagne :
Pour Gabriela Canas correspondante du quotidien espagnol El Pais:
« les Français doivent se mobiliser. Le gouvernement français a-t-il peur ? Je crois que oui, car la menace sociale est grande en ce moment. Les syndicats sont en position de force, à un peu plus d'un an de et l'élection présidentielle c'est le moment ou jamais de faire plier le gouvernement. Les Français ont raison de se mobiliser : ce n'est pas une réforme naturelle de la gauche, et elle est dangereuse. L’Espagne a adopté une loi analogue il y a quatre ans, qui a fait très mal aux Espagnols : aujourd'hui le chômage n'a pas baissé, contrairement à ce qu'on entend souvent. Il aurait même dû augmenter s'il n'y avait pas eu la légère reprise économique qu'on observe en Europe grâce à la chute des prix du pétrole. Par contre, il y a eu des licenciements massifs dans beaucoup d'entreprises, facilités par cette loi, et les salaires ont considérablement baissé… Mais il existe d'autres solutions que de simplement casser les droits des travailleurs. Il faut trouver une voie différente et regarder ailleurs pour voir les bonnes solutions qui ont été trouvées. Nous pensions que les Français en étaient capables. Pour les Espagnols, la France est un miroir, un exemple pour toute l'Europe, elle symbolise la résistance, la patrie des droits de l'homme et des droits des travailleurs. Or la réforme du droit du travail va à l'inverse de cela. Nous observons donc sa mise en place avec une certaine déception. »

Dans le monde politique comme dans les médias, « l’économiste expert », c’est-à-dire l’officiel, délivre sa sentence indiscutable basée sur une pseudo science (pseudo car tous les éléments ne sont pas matérialisables), mais qui fait autorité au détriment de l’action politique. Après Thatcher en Grande Bretagne, les « gauches » européennes se sont chargées du « boulot » pour la classe dominante : Schroeder (SPD) en Allemagne, Zapatero (PSOE) en Espagne, Renzi (Centre gauche) en Italie.
Voir aussi : http://levieuxguitou29.blogspot.fr/2015/12/23-millions-delecteurs-ne-sont-pas.html

A bientôt.

L'union européenne organise la concurrence des salaires et droits sociaux.




 "L'interdiction légale à un patron d'employer les ouvriers étrangers à un salaire inférieur à celui des ouvriers français » : c'est l'une des plus anciennes revendications ouvrières (programme du Parti ouvrier français, 1880). La classe patronale et financière, de son côté, cherche avidement cette concurrence entre salariés. Coup double : à l'exploitation bas coût, s'ajoutent les divisions, les hostilités, les violences, attisées par les partis réactionnaires. « Dehors les métèques ! », aboyaient, dans l'entre-deux-guerres, les ligues fascistes, contre les travailleurs immigrés venus d'Europe de l'Est. Les mêmes aujourd’hui, aboient à nouveau.
L'union européenne vient de promulguer cette inégalité, derrière l'accord destiné à empêcher le « Brexit ». L'Union européenne a « autorisé » Cameron et la bourgeoisie britannique à priver les travailleurs européens immigrés de prestations sociales (logement, allocations familiales, etc,) abaissant ainsi le salaire brut par discrimination xénophobe. Concession aux Britanniques dit-on. Mon œil ! « Ce dispositif  vaut pour tout le monde. L'Allemagne pourra l'appliquer et elle le fera » a dit Merkel, qui paie déjà au tarif et dans le pays d’origine, polonais, tchèques, etc… D’autres exemples existaient déjà, mais comme l’Allemagne avec des artifices de paiement. Cela leur facilitera la comptabilité.
Tandis que s'applique ainsi, contre la classe exploitée, la « concurrence libre et non faussée » de l'Union européenne, rejetée par 54,67 % du peuple français en 2005, on feint de s'étonner du « rejet des partis ». Plus finement un institut de sondage remarque que notre peuple « reste toujours passionné par la politique. Mais c'est le monde politique qui ne lui convient plus ». Ce qui pour nous, revient à dire que les travailleurs conscients doivent s'organiser en une force politique indépendante et nous devons l’y aider. Le POI y travaille(*). Ensuite seule la lutte permettra de gagner, les élections ne sont que des thermomètres du ras le bol, en tout cas dans l’UE d’aujourd’hui.

(*)PS : N’en déplaise à Médiapart qui avait début 2015 titré « crise finale au POI », ce n’est toujours pas le cas, et voyait dans les nouvelles forces issues des pensées intellectuello-critiques des Forums sociaux la véritable gauche révolutionnaire moderne. (les révolutionnaires en question, Syriza, Podemos, ou s’accommodent bien de l’UE actuelle, ou sont eux aussi en crise dislocatrice).


A bientôt.

Insultes, vociférations... des habitants du XVIe déchaînés contre un centre d'hébergement d'urgence.



"Escroc", "fils de pute", "menteur", "collabo", "stalinien", "vendu", "salopard", "salope", "caca" : c'est la liste, non exhaustive, des insultes et insanités proférées en moins de vingt-cinq minutes par les habitants du XVIe arrondissement de Paris mobilisés massivement pour assister à une réunion d'information lundi 14 mars, sur un projet de centre d'hébergement d'urgence dans le quartier.
Monique Pinçon-Charlot, habitante du quartier, sociologue, avait décidé d’assister à cette réunion, dans le cadre des études sur lesquelles elle travaille. Elle a eu du « pain sur la planche »… et déclarait le mercredi sur France Inter au journal de 13h:
« "Entre-soi géographique", "entre-soi social", "entre-soi idéologique"… La population du XVIe arrondissement peut être assimilée à une forme de classe sociale. Non seulement elle l’est objectivement mais en plus un vrai sentiment de classe existe et l'anime. Ce sentiment de classe se traduit notamment par un rejet de toute forme de mixité, celle-ci étant contraire à leurs intérêts. Cette singularité sociale est revendiquée et assumée parce qu'elle permet la transmission de ce patrimoine aux générations suivantes, et la démultiplication de la richesse de chacun (par le don et le contre-don). Voilà une population qui ne baisse jamais la garde et qui a une capacité de mobilisation impressionnante (lundi, ils étaient 800 à l’intérieur de l’amphithéâtre, et 300 à l’extérieur !). Elle cumule concentration des richesses et concentration des pouvoirs. En découle un extraordinaire sentiment d’impunité. Lundi soir, on ne trouvait trace dans les discours de ces habitants aucun sentiment de culpabilité et aucune trace de mauvaise conscience. »
Avez-vous entendu une « stigmatisation médiatique » de ce mouvement ? Si peu… Ah ! Si les « non éduqués » ou les « quartiers » avaient eu une telle réaction !...La meute aurait réagi avec vigueur. 

A bientôt.

France, terre d'asile...




C'est un enfant de huit ans. Il s'appelle lbrahim, il est comorien. Il y a quelques jours (fin mars 2016), il est arrivé seul à Paris, venant de Moroni par avion. Sa famille ayant explosé et certains disparus, il est envoyé en France chez sa tante. Au poste de contrôle de la police des frontières, il est refoulé. Il ne peut mettre un pied sur le sol français au risque d'être dans 1' « illégalité », car immigré à un moment inopportun. Il n'a que huit ans, mais on ne sait jamais, n’est-ce-pas ! Et durant dix jours, il sera cantonné dans la zone sous douane de l'aéroport de Roissy. Il ne sera pas placé dans un centre pour enfants, car il ne peut mettre un pied sur le territoire de la France ! Il sera resté dix jours dans cet espace hors zone sous contrôle de la police. Sur décision de justice, oui, oui, justice ! Il sera ensuite reconduit par les policiers à bord d'un avion pour être renvoyé aux Comores. L'enfant perdu, désespéré, qui n'a plus personne sur qui compter aux Comores, est en pleurs en montant à bord. Selon les règles, le pilote est seul maître à bord. Celui-ci décide de ne pas faire décoller l'avion tant que l'enfant sera à bord. Les policiers sont donc contraints de redescendre de l'avion avec l'enfant et de le reconduire dans la zone sous douane.
Il aurait pu y rester encore longtemps si des avocats et des associations ne s'étaient pas démenés pour obtenir enfin d'un juge l'autorisation pour l'enfant de pouvoir entrer sur le territoire de la France, terre d'asile ( ?...)  et d'être remis à sa tante, qui ne demandait que cela !
Il a huit ans. Il s'appelle lbrahim. Bienvenue en France, terre d'asile qui ne veut plus accueillir toute la misère du monde. Mais ça se sait et malgré tout ce qu’on leur donne (parait-il !) de gratuit, les immigrés ne souhaitent plus rester chez nous. Le Français n’a plus bonne presse ! Ce fait divers, faites le connaître, n’améliorera pas les choses, mais choquera j’en suis sûr beaucoup de français, car le rejet de la politique unique exprimé par l’abstention de près de 50% du corps électoral prouve que la France n’est pas encore totalement acquise aux idées xénophobes.
A bientôt.

PS : Les médias participent à banaliser ces idées, et même ceux qui pensent les combattre y participent, tel Alexandre Jardin, l'écrivain qui vient de lancer avec cinq mouvements citoyens la « Primaire des Français ». Présentant l’action sur Canal, il dit répondre à une attente des français puisque 50% s’abstiennent, et lutter contre un parti populiste soutenu par 30% des français. Non monsieur, les maths de primaire (à mon époque) ne donnent pas ce résultat. Jardin parle d'abstention 50% de l’ensemble des inscrits, mais et ensuite 30% des exprimés donc environ 15% de l’ensemble des inscrits. Rectification effectuée sur le propos, qui est approximatif quand même car le vote en voix exact (au premier tour) donne 10% des inscrits pour le fameux parti.


A bientôt.