mardi 23 mai 2017

Pas intéressants, allez !



Le 12 avril 1967, dans le Canard Enchaîné, paraissait une chronique de Morvan Lebesque que j’ai découpée et conservée … jusqu’à aujourd’hui. Il y a 50 ans !... « Les ouvriers? Ah, ils ne sont pas intéressants, allez ! ». Il y a 50 ans, avec la fougue de la jeunesse, je n’aurais jamais imaginé que rien n’aurait changé en … 2017.
Voici la coupure in extenso :



C'était vendredi soir, sur la seconde chaîne au cours d'un de ces débats à fleur des choses que 1'ORTF appelle de l'information. On parlotait sur la délinquance juvénile. Il y avait là Auguste Le Breton, un jeune prêtre de banlieue et un policier. Le policier évoquait les parents de blousons noirs. « Presque tous des ouvriers » dit-il, et son propre ton le choqua sans doute car il se reprit : « naturellement, il y a parmi eux des gens bien. Mais d'autres il faut l'avouer, (un silence), qui ne sont guère  intéressants ». O phrase immortelle ! Le petit curé sursauta et avec lui, j'imagine, pas mal de spectateurs. En éclair, nous venions de revivre mille souvenirs de jeunesse. « Les ouvriers? Ah, ils ne sont pas intéressants, allez ! » Disait la bonne dame. Disait le bon patron. Disait le bon curé qui avait, une fois par semaine, couvert mis chez l’industriel local. Et dit aujourd’hui, par la bouche d’un de ses serviteurs, la vieille droite qui  nous gouverne.
Cette petite phrase révélatrice, il faut, pour bien la comprendre, avoir été prolétaire, ne fut-ce qu'un temps. On apprend là une vérité pour toute la vie : la morale c'est la condition qu'on vous fait. Les ouvriers sont comme tout le monde, ni meilleurs ni pires. Les ouvriers sont vous et moi, avec leur bien et leur mal. Mais leur condition est de produire sans en tirer juste profit, c'est- dire d'être exploités, c'est-à-dire d'être opposants. Alors, on se défend d'eux avec des moralismes. Classe inférieure égale moeurs inférieures. A l'extrême, devant le bidonville : « Ah, ces gens-là ne sont guère intéressants, allez ! Vous pourriez vivre, vous, dans cette crasse ? » 

On  rougit de rappeler de tels lieux communs en 1967. Mais sommes-nous en 1967 ? Le policier de la Télé nous renvoie à notre temps véritable, la Belle Epoque. Il connaît les HLM, ce brave homme, et sa belle conscience de flic en est scandalisée. Quoi! Tant de gosses à l'abandon, tant de parents « oublieux de leurs devoirs »! Notez d'abord que les bourgeois ont aussi leurs voyous, mais que personne ne songe à dire du banquier ou du colonel : « Ces gens-là ne sont pas intéressants ». Quand un blouson noir commet un délit, on incrimine ses parents; quand c'est un blouson doré, on les plaint. Mais notre policier écarte cette réflexion subversive. « Pas intéressants allez! »,  grommelle-t-il  devant le logis mal tenu, le môme qui traînaille au crépuscule, l'adolescent fou de violence, le père qui roupille et laisse faire. « Pas intéressants, pas intéressants », et naturellement il ne sait pas que le trois-pièces en désordre est celui d'un couple de paysans transplantés avec leur marmaille, traumatisés par la ville, leur salaire déjà dévoré par les loyer et les mirobolantes ventes à crédit ; il ne sait pas que ces adolescents désoeuvrés, fruits de la propagande lapiniste, sont tout simplement des chômeurs, entre l’école terminée et le travail qui ne vient pas; il ne sait pas que dans ce pays de culture « élitaire »,  cette jeunesse est livrée à tous les avilissements de l'esprit à tous les sous-produits des mécaniques du rêve; il ne sait pas que si le père roupille, il a pour cela une bonne raison : les horaires de l'usine, commandés par la Machine, qui dé rythment son existence, lui font du jour la nuit, et lui interdisent une vie de famille normale. Et enfin, il ne sait pas que pour ces jeunes, la rébellion est une réponse logique â l’Ordre. A seize ans devant la perspective de devenir à son tour papa-maman exploités, esclaves d'un boulot abrutissant, et mis en boites HLM, le crâne bourré de romance et de paternalisme et pour finir « pas intéressants », ah ! toute révolte n'est que trop juste. Et il n'y en a jamais que deux, l'aveugle et la lucide : on se fait gangster ou communard.
Il ne sait pas, le bon flic ? Non : il n'a pas à savoir. Oh, je ne le tiens nullement pour un sot ou pour une brute. Mais même quand il s'attache comme il dit : à « prévenir le mal », en vérité il réprime. C'est son rôle, sévir, imposer la loi. Il est la force et tôt ou tard, avec les meilleures intentions du monde, il lui faut bien l’employer. Alors, s’il voyait les pauvres comme ils sont, c’est-à-dire simplement des pauvres, comment pourrait-il exercer son métier ? Imagine-t-on un flic se tournant vers l'Ordre et lui disant « C'est votre faute si ces gens-là sont ainsi ? C’est à vous que je demande des comptes ? ».
Ce ne serait plus l’Ordre et ce ne serait plus un flic. Mais le voyez vous, d’autre part cogner sur des pauvres qui ne sont que des pauvres. Non : il faut que ces pauvres soient aussi autre chose : il faut qu’ils aient des vices, qu'ils soient paresseux, négligents, d'une morales douteuse : i1 faut en brefs qu'ils ne soient pas intéressants pour que la répression soit justifiée. Pas intéressants, donc ne nous intéressons pas à eux, détournons la tête et regardons les choses vraiment intéressantes le lancement du Redoutable, par exemple, ou quelque autre grandiose futilité, tandis que les pauvres restent pauvres, les jeunes désespérés et les infirmes condamnés à mendier, le dimanche dans la rue.
« C’est la faute aux parents », « la faute au cinéma », et d’ailleurs les pauvres sont-ils aussi pauvres qu’on le dit ? Bien sûr que non : ils ont des télés et même des 2CV, M. Jeanneney nous l'a rappelé triomphalement l’autre soir, M Jeanneney qui a on le sait, « toute la confiance du Général ». Lamentable technocrate glacé qui ne sait même pas que la pauvreté est aujourd'hui une pauvreté à gadgets, mais qu’elle demeure l’injuste pauvreté de condition et d’âme, irréductible à des objets ! En vérité, ce qui n'est pas intéressant, mais alors pas du tout ! , c'est cette absence de dimension de l’esprit et du cœur : c'est un système assez rétrograde pour nous parler morale, comme en 1900, quand il s'agit seulement de la condition humaine.

A propos de : Pas intéressants, allez !



J’ai gardé l’article pour témoigner d’une époque et, en fait, il est toujours d’actualité !
La télé et la radio publiques, sous de Gaulle, était à l’écoute du ministre de l’intérieur et obéissait. C’est toujours le cas avec les TV et radios périphériques privées (populistes à l’extrême), appartenant à des cadres du Capital, et à un degré moindre (le populisme) sur la radio nationale qui, sous différentes formes, sont des organes de propagande de la bourgeoisie capitaliste. La presse écrite dans son ensemble appartient à des patrons capitalistes.
Il y a toujours le système de classe, mais on évite de parler de la classe ouvrière, qui alimente en particulier le bataillon des millions de chômeurs, sauf pour dire qu’ils sont les premières victimes du populisme nationaliste (Pas intéressants, allez!). Alors on « modernise »,  on change simplement les mots, on trouve de nouveaux  boucs émissaires, changez pauvres par … immigration, par exemple, même si la majorité des « immigrés » sont de la 2ème ou 3ème génération, donc français, et votre discours prendra une ampleur équivalente, certes plus proche du fascisme, mais que diable !… il faut bien gouverner dans l’intérêt des classes d’élite qui se confondent, avec les intérêts de la finance.
Morale !!! Il n’y a pas plus de morale dans ce système économique, que dans les systèmes qui ont précédé. Leur morale est destinée à nous faire accepter l’exploitation, pas à être appliquée par la classe dirigeante, la morale des exploités est à inventer.
Les jeunes sont révoltés ! Comme les blousons noirs. Je croyais que c’était un des aspects des crises d’adolescence et la révolte, quand elle prend une tournure sociologique et politique, est souvent salutaire. Bien sûr il y a toujours le risque de radicalisation dans les lieux de rejet et quand la société ne répond plus à un « minimum égalitaire », c’est bien connu (IRA, ETA, Brigades rouges, Action directe, etc…etc…). Mais, bien sûr, ce n’est pas la faute du système économique et de ses « crises ».
Si l’on apprend les sciences vérifiables ou la littérature, on n’apprend que mal les sciences humaines plus difficiles à appréhender, car dans ce cas l’expérience du vécu est importante, il faut connaître toute la culture dans laquelle la personne a baigné. Quand on a connu la condescendance, toujours d’actualité, de ceux qui se croient de qualité supérieure car ils ont accédé, où sont, d’une classe que, bien souvent, ils « croient » supérieure, et que l’on s’est battu 60 ans pour que ça disparaisse, on ne peut-être que toujours révoltés de l’absence d’humanité et d’égalité, donc de justice, que provoque l’inéluctable condition matérielle, dans un système bâti sur le profit et l’exploitation de l’homme par l’homme. Le « Mais ils sont beaux vos petits ! », arrivait juste derrière le « Pas intéressants, allez ! », puis, « Il est bon à l’école, faites lui faire des études courtes, techniques ». Mais oui, ça suffit quand on sort de la classe ouvrière, avec un père petit fonctionnaire et que votre mère « fait des ménages », pour vivre « correctement » dirais-je, pour rester un révolté. Et encore, à l’époque, l’école républicaine jouait un rôle positif dans l’instruction générale, ce n’est plus le cas aujourd’hui, grâce aux « réformes modernisantes ». Tout cela engagé par les gouvernements du Général, en premier lieu la loi Debré.
Tout le monde n’est pas « sorti de la cuisine à Jupiter » comme aurait dit Coluche. Renier ses origines ne peut apporter que des problèmes psychologiques, m’a-t-on appris. 
Mais le système résiste, on a châtré une partie de la jeunesse française, mais tous ne s’y reconnaissent pas et l’avenir peut toujours inverser les choses, c’est dans l’ordre de l’Histoire.
A travers la constitution d’un Comité national de défense des acquis de 1936 et 1945, décidée le 25 mars dernier par les six cents et quelques délégués présents aux conférences sur le sujet, nous entendons apporter une perspective politique digne d’intérêt.
A bientôt.

Une campagne présidentielle de qualité : toujours le progrès !...



Fillon : et la culture !

3 avril 2017.
Extrait du blog   affordance.info :
2017. Journal de 20h de TF1. F. Fillon. "Une seule chose pourrait m'empêcher d'être candidat, c'est si mon honneur était atteint, si j'étais mis en examen." 
Là on cherche encore à comprendre. Un fracas. Et depuis un feuilleton. Raconté et étalé partout précisément parce qu'avant toute chose il est de l'ordre de l'inénarrable. 
Depuis le début de cette histoire, depuis ce journal de 20h sur TF1, il y a quelque chose qui m'obsède. Une réminiscence. Un souvenir. L'impression que tout cela a déjà été écrit. Que je l'ai déjà lu quelque part. Quelque chose que je viens à l'instant de retrouver. Une évidence. Juste après l'inénarrable vient l'innommable. 
"Ce sera moi, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu'il y en a, il faut les dire, jusqu'à ce qu'ils me trouvent, jusqu'à ce qu'ils me disent, étrange peine, étrange faute, il faut continuer, c'est peut-être déjà fait, ils m'ont peut-être déjà dit, ils m'ont peut-être porté jusqu'au seuil de mon histoire, devant la porte qui s'ouvre sur mon histoire, ça m'étonnerait, si elle s'ouvre, ça va être moi, ça va être le silence, là où je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer.Tout le reste ce ne sont que des histoires inracontables, inénarrables. Sinon la fin de l'Histoire, la fin des histoires. De leurs histoires." 
Voilà ce que Beckett écrivait, voilà ce que Fillon se serait dit s'il avait eu un peu de lettres, et d'esprit ... Mais d'esprit ...

Toujours Fillon

5 avril 2017.
Je cite encore le Canard Enchaîné : « lundi matin (3 avril), alors qu’il déroule son « projet pour la France » sur BFM TV, à la question « Est-ce que vous arrivez à mettre de l’argent de côté ?» Fillon répond : « Personnellement non. » Eclat de rire général. Calculettes en folie : quoi, l’ancien premier ministre gagne, en moyenne, 24350 euros par mois, sans compter les revenus de Pénélope, les remboursements des enfants, les cadeaux de l’ami Bourgi, et il tire la langue ? Et il annonce que les français vont devoir serrer la ceinture ? Et il veut geler le SMIC ! Et il prétend faire président ! Il a dix sept comptes en banque et rien dessus ! C’est à se taper le cul par terre. »
Entendu ailleurs : « ce que j’aime chez François Fillon, c’est qu’il nous dit la vérité » Jérôme Chartier, conseiller de Fillon.

Réflexion idiote !

« - En politique les extrêmes, se rejoignent !
- T’as déjà vu, toi, le zéro et l’infini se rejoindre ? 
- C’est que t’es un con de scientifique, tu connais rien à la réalité !»

Au XXIème siècle tout progresse … même la grippe !



… mais pas la distribution électrique.

Sous titre : 

XIXème siècle, LE RETOUR.

La Palestine, ou plutôt ce qu’il en reste, une prison à ciel ouvert: « On existe encore mais … ça ne saurait durer. »


Palestine avant 1947, puis plan de partage ONU 1947, territoires palestiniens de 1967, et 2010.

Audition de la Libre Pensée par l’Observatoire de la Laïcité le 17 janvier 2017



L ’Observatoire de la laïcité, dans le cadre de la confection de son rapport annuel avait demandé à entendre la Fédération nationale de la Libre Pensée. La délégation de celle-ci était conduite par son Président Jean-Sébastien Pierre.
► Christian Eyschen, vice-Président :
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Tout d’abord, nous voudrions remercier l’Observatoire de la laïcité de nous avoir invités pour pouvoir nous exprimer.
Nous sommes dans une période de voeux, donc on peut faire des voeux. Il y a des temps d’incertitude et nous espérons vraiment que, quelques soient les aléas de la vie politique, l’Observatoire et ses responsables seront maintenus, parce que nous considérons, sans aucune flagornerie, que l’Observatoire a montré son utilité. Il dit le droit, c’est tout à fait intéressant, et le travail qui a été fait est tout à fait positif. Nous espérons que cela va continuer.
Nous observons avec un certain amusement que même les esprits chagrins ou critiques de l’Observatoire de la Laïcité sont parfois amenés à reprendre des propositions et à demander que les propositions de l’Observatoire soient mises en oeuvre. Comme quoi il ne faut pas désespérer du genre humain.
Nous sommes attachés, à la Libre Pensée, à des principes dont un certain nombre ont été rappelé par nos amis de la Ligue de l’Enseignement et la Ligue des Droits de l’Homme. La République n’est pas plurielle, le mouvement laïque l’est et c’est très heureux qu’il le soit. Nous sommes très attachés à cette distinction de sphère publique et sphère privée. Nous l’avons expliqué et démontré de notre point de vue, même si nous avons parfaitement conscience qu’en fait la difficulté n’est pas de monter et démontrer ce qu’est la sphère publique, mais ce qu’est la sphère privée qui est beaucoup plus large, car elle intègre tout une série de données.
Nous sommes aussi très attachés, c’est notre conception et nous la partageons avec beaucoup, au fait que la laïcité, c’est la liberté et non pas une succession d’interdits. C’est pour cela que lorsque l’on parle de recrudescence de lois, cela nous pose quelques problèmes et nous sommes très attachés à l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, parce que nous estimons que c’est quelque chose de véritablement fondateur qu’il faut défendre absolument.
Par ailleurs, le débat sur « les racines » commence un peu à être épuisant. On l’avait eu sur le traité constitutionnel européen et cela s’est terminé comme on le sait. Il faudra rappeler un jour qu’on ne juge pas un arbre à ses racines, mais à ses fruits. C’est une différence d’approche importante parce que cela dépend de ce que l’on veut et de ce que l’on fait. Est-ce que c’est un passé fantasmé ou un avenir que l’on développe ?
Comme vous le savez sans doute, avec nos amis de la Ligue de l’Enseignement, de la Ligue des Droits de l’Homme et bien d’autres, nous avons lancé un Appel des laïques qui reprend ces principes, qui trouve un écho important. Cela fait belles lurettes qu’il n’y avait pas eu de déclaration d’intention avec un tel panel et une telle diversité et c’est tout à fait porteur d’optimisme dans la situation.
Comme est aussi porteur d’optimisme ce qui est en train de se passer sur un certain nombre de terrains juridiques. Je ne reprendrais pas le problème des burkinis, car cela n’avait strictement rien à voir avec la laïcité, mais avec la question des libertés.
Sur la question des crèches, nous sommes assez satisfaits qu’à partir du moment où le débat est posé sur la place publique, les grands principes sont rappelés et avancent. Par exemple, ce qu’a dit le vademecum de l’Association des Maires de France est quand même important, même si on a vu que ce n’était pas simple à gérer pour elle.
De la même manière, la plupart des positions de l’Observatoire de la Laïcité nous conviennent, car cela va dans le sens de cette éthique de la liberté.
Les arrêts du Conseil d’Etat sur les crèches vont marquer, à terme, avec des conséquences, un coup d’arrêt sur cet empiétement de l’espace public, de la sphère publique par le religieux. Nous en sommes tout à fait convaincus, même si bien évidemment il y a des gens qui font des recours et des actions et d’autres qui commentent les actions et recours des autres. Ils sont d’autant plus virulents qu’ils n’ont pas fait de recours et pas d’actions. C’est la loi du genre, mais nous pensons qu’il va y avoir véritablement un coup d’arrêt et quelque chose de salutaire va être manifesté.
Nous allons nous exprimer cette semaine sur ce qui s’est passé dans la Fonction publique. Nous avons d’ailleurs demandé une entrevue avec Mme Girardin pour engager ce débat.
Dernier point et non le moindre. Il y a un aspect qui doit être abordé et qui est extrêmement important à nos yeux. C’est la loi El Khomri, dite loi Travail, et notamment ce qu’elle indique sur la limitation des libertés dans les entreprises privées. Nous avons le sentiment, tant sur le plan syndical que sur la laïcité et les libertés publiques, que cette loi va connaître un long calvaire de crucifixion juridique. Ce qui n’est pas pour nous déplaire particulièrement, mais je pense que c’est quelque chose qui va avoir lieu et, c’est une préoccupation que nous avons, parce que si au nom de la discrimination, de la stigmatisation, on en vient à faire voter une loi par une majorité dite « progressive et progressiste », qui dit qu’il faut réprimer les opinions dans les entreprises, quel gigantesque retour en arrière !
Cela pose toute une série de problèmes. On voit bien là la distinction entre la sphère publique et la sphère privée.
Je vous remercie.
► Jean-Sébastien Pierre, Président :
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Je partage bien évidemment ce qui vient d’être dit par Christian Eyschen sur cet aspect de sphère publique et sphère privée. Je trouve que le débat sur le voile à l’université est particulièrement important et particulièrement éclairant.
De ce point de vue-là, notre position est exactement la même que celle qui a été développée par notre ami de la LDH, avec une argumentation supplémentaire. Il a été souvent relevé que c’était parce que les étudiants étaient majeurs que l’on ne pouvait pas leur appliquer la loi de 2004. C’est une partie de la réalité, mais pas la seule. Je pense que l’habillement, notamment dans les amphithéâtres, a toujours été libre dans ce pays tout du moins depuis l’établissement des Franchises universitaires au 13ème siècle, en ce sens qu’on a le droit, dans un amphithéâtre de l’université française, de s’habiller comme on veut. On y a connu, cela ne se fait plus pour des raisons de désuétude, des bonnes soeurs en cornette, des curés en soutane, des militaires en uniforme et dans d’autres pays où les franchises universitaires existent sous une autre forme, on y a connu des chefs indiens emplumés et des trappeurs avec des toques de David Crockett. Je parle de cela, car ce n’est pas que franco-français comme affaire. C’est le problème des Franchises universitaires qui sont partagées très très largement dans le monde.
De ce point de vue-là, il me fait particulièrement plaisir que ces attendus sur les Franchises universitaires en France aient été repris et que la position sur le voile à l’université ait été reprise par l’unanimité du CNESER et par la Conférence des Présidents d’Universités. On peut considérer que de hautes autorités de l’université et de la recherche scientifique en France ont pris position de façon libérale sur cette question, que nous partageons entièrement.
Très rapidement sur l’enseignement supérieur. Là encore je ne considère pas, pour ma part, que ce soit spécialement l’Islam qui pose problème sur la laïcité dans l’enseignement supérieur. Je suis très inquiet et très opposé au fait que les COMUE (Communautés d’Universités et d’Etablissements) qui s’installent, aient la prétention, sans autre forme de procès, d’intégrer tranquillement des universités catholiques – instituts catholiques. Déjà les universités catholiques n’ont pas le droit de s’appeler comme cela, elles l’osent pourtant de plus en plus. Celle d’Angers reprend son terme d’université qu’elle avait abandonné pendant un temps, celle de Lyon également, donc il y a une offensive très forte vis-à-vis de l’enseignement supérieur. L’établissement des COMUE sous cette forme, associant indistinctement l’enseignement public et l’enseignement privé, va porter de mon point de vue, un coup assez dur à la laïcité dans l’enseignement supérieur.
Nous nous inquiétons de l’établissement, manifestement concerté, dans une dizaine d’universités, de Diplômes universitaires dits de « connaissance des religions » qui sont, dans leur déclaration, fait pour former les aumôniers et les imams. Ce n’est pas toujours dit comme cela, mais c’est quand même l’esprit. L’esprit n’est pas d’enseigner le droit laïque tout simplement de façon à ce que tout étudiant qui en fait la demande, quel que soit son origine et son métier, puisse en faire la démarche, mais explicitement de dispenser une formation à des professions religieuses. Là, je pense que l’on a quitté l’esprit et la lettre, au moins l’esprit, car évidemment il n’est pas question d’attaquer la liberté de telle ou telle université de faire tel ou tel diplôme, cela fait aussi partie des Franchises dont je parlais tout à l’heure, mais on peut au moins en discuter le principe au minimum sur le plan philosophique.
J’ai vu par exemple à Rennes, une déclaration dans Ouest-France donnant nommément la composition des étudiants inscrits dans ce diplôme d’université, par religion. C’est la première fois de ma vie que je vois une chose pareille ! Désigner les étudiants à une formation universitaire par leur religion et leur rôle religieux.
Voilà le complément que je voulais apporter sur l’enseignement supérieur et là aussi j’apprécie le travail fait par l’Observatoire de la laïcité.
► David Gozlan, Secrétaire général :
Tout d’abord sur la formation des imams, ce qui nous a interrogé, parce que c’est une presse de bonne foi qui a donné l’information, c’est La Croix, c’est le fait que cette formation des imams, in fine, pour qu’ils aient le tampon « République et Laïcité », ce soit l’Institut Catholique de Paris qui la fournisse. Comme nous avons une pratique de l’Institut Catholique de Paris, considérant qu’ils forment des prêtres pour détourner la laïcité, cela nous a interrogé.
Toute la question, c’est celle de l’article 2 de la loi de 1905, parce que la vraie question, c’est : est-ce que la République doit reconnaître ces prêtres, imams ou rabbins au titre de ministres du culte et les former en tant que tels ou des gens en formation comme des étudiants-lambda dans les universités ? La question elle est là. Et c’est exactement la même question qui a été posée cet été avec la mise en place de la fondation de l’Islam de France. C’est Islam de France ou Islam en France ? Nous nous pensons que c’est l’Islam en France, comme il y a un catholicisme, un judaïsme, un protestantisme en France etc. Ce n’est pas DE France. Ce n’est pas à la République de les reconnaître.
Cela rejoint un petit peu le rapport de l’Institut Montaigne qui a été donné dans cette espèce de contradiction, où l’Institut Montaigne explique, sur la question de l’Islam notamment : les citoyens musulmans sont sécularisés dans l’immense majorité, mais nous préconisons une certaine forme de reconnaissance et une unification des situations de type concordataire. Cela nous inquiète, car comme je l’ai déjà dit devant l’Observatoire, lorsque la loi de 1905 a été faite elle a été réalisée pour tous les cultes. Le culte musulman compris. Je le répète, il y avait beaucoup plus de musulmans en France en 1905 qu’aujourd’hui. Il y en avait 10 millions et Jean-Pierre Chevènement explique dans une interview qu’il y en a 4,1 millions aujourd’hui. Il y en avait donc le double en 1905 et il suffit d’appliquer la loi à tout le monde et à tous les citoyens pour que chacun devienne citoyen.
Un dernier point sur l’instrumentalisation de l’Islam. Lorsque l’on voit toutes ses affaires de voiles, ce qui interroge se sont les Unes de journaux, parce que les images restent et se sont toujours des titres chocs. Si vous regardez bien c’est toujours une femme voilée et une Marianne à côté. C’est-à-dire une forme d’opposition République / religion. Il y a quand même cette problématique-là qui est mise en avant. J’avais eu une discussion avec l’Observatoire sur le traitement médiatique de la laïcité et je pense que l’on n’a pas évolué, pas progressé sur ce terrain-là hélas.
S’il y avait une préconisation à avoir, c’est sur la question de l’utilisation par les Elus. Je pense que le travail de l’Association des Maires de France est essentiel. Quand les Elus arrêteront d’instrumentaliser la laïcité et/ou une religion, en l’occurrence l’Islam, je pense qu’on gagnera en visibilité, en clarté et on avancera. Il faudrait peut-être avoir des Elus assez courageux pour faire des mises au point à certains moments sur ces questions-là de façon à poser le débat de manière intelligente et claire.
Nous vous remercions.

jeudi 12 janvier 2017

Pour une fois l’actualité du jour : mercredi 11 janvier



Un sondage SECRET donnerait Macron vainqueur au second tour de la présidentielle, contre Le Pen, ou contre Fillon. C’est « Challenges » qui l’annonce en exclusivité, mais chut ! c’est secret et « fragile méthodologiquement ». Donc comme disait Coluche « circulez, y a rien à voir ». Mais que si ! Toute la presse s’en saisit. On croirait assister à la campagne de Trump : Plus c’est faux, plus on en parle ! Moi aussi !...
Pourtant ce sondage IFOP fabriqué, ne fait état que de la « possibilité » de voir Macron face à Le Pen au second tour. Ce qui, selon le même IFOP n’est pas possible. Autant dire que c’est parler pour ne rien dire. Alors l’IFOP, vend des « fake » sondages, puisqu’il y a des clients pour acheter. Mais on manipule en même temps l’esprit des lecteurs et auditeurs.
Parlant de Trump, il y aurait « un rapport explosif mais non vérifié » qui « agite les medias américains », qui révélerait, outre des rapports suivis entre Trump et les Russes, des « frasques sexuelles » (avec sextape) dudit Trump à Moscou, en 2013, frasques qui placeraient Trump, à la merci d’un chantage des Russes. Les médias français ne se laissent pas aller à ce genre « d’info », « explosives mais non vérifiées », bien sur. Mais … pourtant tous en parlent en long et en large. Est-ce de l’info ou de l’infaux permanente ? Je ne pleure pas sur le compte de Trump : plus menteur que lui … difficile, mais c’est le genre d’info ( ou infaux, on ne sait !) qui lui apporte l’appui dont il a besoin.
Je vous parle, moi aussi, pour une fois d’actualité car elle apporte de « l’eau à mon moulin ». Relisez le sous-titre du blog : Examiner les choses avec recul, permet de constater que la « vérité » est sujette à des évolutions et que finalement la « sagesse » et la lenteur sont plus adaptées pour évaluer la réalité des faits. Continuons donc à ne pas nous laisser prendre dans le « tourbillon médiatique » sujet à retournements permanents.

A bientôt

La vie privée, c’est fini ?...



En Grande Bretagne siège avancé du capitalisme financier une nouvelle loi l’Investigatory Powers Act (IPA) est passé par le Parlement le 17 novembre presque sans encombre. Elle élargit les pouvoirs des services secrets et conduira à la destruction totale de la vie privée des citoyens. 
Pourtant la nouvelle loi a été universellement critiquée par les médias selon Spiked : « Certes, il était prévisible qu’Edward Snowden, l’ancien employé de la NSA devenu lanceur d’alerte, soit scandalisé : il accuse cette loi de mettre en place la “surveillance la plus extrême de toute l’histoire de la démocratie occidentale”. De même, il n’était guère étonnant d’entendre Liberty, organisation de défense des droits civiques, donner dans l’hyperbole : “Sous couvert de lutte contre le terrorisme, l’État [britannique] déploie [...] le système [de surveillance] le plus intrusif de quelque démocratie que ce soit dans l’histoire de l’humanité.” Mais même l’ONU s’en est prise à l’IPA : son rapporteur spécial pour le droit à la vie privée, Joe Cannataci, a déclaré que des “mesures portant atteinte à la vie privée, comme la surveillance et le piratage à grande échelle, telles qu’elles sont envisagées par le projet de loi, devraient être interdites plutôt que légitimées”. Et même le tabloïd  Daily Star y est allé de sa larme progressiste, lançant d’un ton plaintif : “Est-ce la fin du porno ?” ». Grave…
Partout dans notre monde les restrictions aux libertés augmentent, pour des raisons diverses. Dans les pays occidentaux, comme le notre, chaque nouvelle violation de nos libertés par l’État est justifiée au nom de la sécurité. Dans la pratique, la protection des citoyens contre les délits graves s’est rapidement muée en une surveillance des citoyens pour des délits mineurs.
En l’absence de vie privée, le conformisme prospère. L’érosion de la vie privée, de plus en plus happée par la sphère publique, laisse l’individu impuissant face aux pressions extérieures. Il y aura des pressions pour se conformer à la moyenne et adhérer aux sermons du jour. Le totalitarisme progresse dans cette situation. Le populo-fascisme revit. « Ou bien la situation est-elle finalement comparable aux dernières heures du Titanic, quand la vigie annonce un iceberg à l’horizon, mais que l’équipage et les passagers ne sentent pas encore le danger ? ». La réponse sera peut-être donnée prochainement.
S’organiser pour résister, c’est la seule issue pour ne pas couler avec le système. 

A bientôt

La fin de l’Histoire n’a pas eu lieu !



Les observateurs « avisés » et surtout « officiels » en étaient persuadés : la victoire dans les années 1990 du libéralisme (politique), encouragée par la mondialisation des idées et l’effondrement des frontières, allait permettre l’éclosion définitive des droits universels libéraux (marchés, ect…). Le célèbre philosophe, économiste et chercheur en sciences politiques américain, auteur du livre « La fin de l’Histoire et le Dernier Homme », Fukuyama, l’avait annoncé en 1989. Livre dans lequel il affirme que la fin de la guerre froide a permis la victoire de la démocratie et du libéralisme sur les autres idéologies politiques. Avec la chute du bloc soviétique, le monde se rangerait donc sous la bannière de la démocratie libérale. C’est la « fin de l’Histoire » et donc l’éternité du capitalisme.
Depuis le Gotha capitaliste a tenu ce discours.
« Un quart de siècle plus tard, la roue a tourné... sans faire progresser les libertés », note Eric Chol dans Courrier International.
Aujourd’hui après l’élection de Trump, le même Fukuyama affirme, sous le titre « La fin de la démocratie libérale » : « nous entrons manifestement dans une nouvelle ère de nationalisme populiste, dans laquelle l’ordre libéral qui prédominait, tel qu’il a été construit depuis les années 1950, subit les assauts de majorités démocratiques en colère et véhémentes. Le risque est immense de voir le monde tout entier sombrer dans des nationalismes antagonistes et tout aussi remontés, ce qui serait aussi lourd de conséquences que la chute du mur de Berlin en 1989 ».
Tiens, tiens… La « fin » promise n’a pas eu lieu, mais dans l’agonie du système, les mêmes voient poindre (et favorisent) la prise de pouvoir par des régimes totalitaires.
Tout dans notre monde a une fin, pas l’éternité. Les systèmes politiques et économiques n’y échappent pas. L’alternative reste socialisme ou barbarie.

A bientôt

mardi 3 janvier 2017

Ils iront tous au paradis !



Selon les médias, le pape François 1er est un pape progressiste. Il s'est affirmé comme voulant ouvrir l'Eglise à la société sans vouloir, bien évidemment, remettre en cause les dogmes de l'Eglise. C'est ainsi que par décision papale, Le Vatican rappelle qu'il ne veut pas de prêtres gays, sauf … si c'est une passade, et qu’il vient d'autoriser les évêques à accorder le pardon à une femme qui a pratiqué un avortement. Ainsi, une femme qui a avorté et qui a reçu le pardon d'un évêque pourra aller au paradis. Quelle mansuétude ! Cette fois il faudra en référer à l’évêque… Tout de même.

 L’ONU qui a importé le choléra à Haïti, dans sa hâte à sauver le peuple, a pris exemple et présenté des excuses "au peuple haïtien". C’est mieux que rien, dira-t-on. Le geste vaut un pardon papal.
Le président turc, Erdogan, est qualifié « d'autoritaire », pas de dictateur,  par ces mêmes médias. Dans le même temps où il réprime son peuple, licencie des dizaines de milliers de fonctionnaires et fait arrêter des milliers d'opposants potentiels, accusant les kurdes de tous les malheurs, sa majorité gouvernementale parlementaire a adopté (en novembre) au Parlement une loi à propos du viol des mineures. Cette loi votée préconise que le violeur d'une mineure ne soit pas poursuivi pénalement s'il épouse sa victime ! Devant le tollé et l'émoi provoqués par cette décision il a demandé au gouvernement de retirer la loi, pourtant votée, afin de la réécrire. Pour cette réécriture, peut-être devrait-il s'inspirer du pape François, lequel a rassemblé l'ensemble des évêques de France dans la cathédrale de Lourdes pour une prière commune de pardon pour l'attitude de l'Eglise à l'égard des actes pédophilie commis par des curés. Faute avouée, faute pardonnée… Ils iront tous au paradis.   

A bientôt.