lundi 13 juillet 2015

Convergences … spirituelles.



Une fois encore je ne résiste pas à vous livrer le mot d’humeur de Michel Sérac sur IO :    
Ce n'est pas un secret : les dignitaires du parti Vert se bousculent pour devenir ministres, aux côtés de Valls et Macron. Le rapprochement devrait s'opérer à l'approche de la cérémonie d'union sacrée sur le climat, à Paris fin 2015. Hollande y posera en sauveur de la planète, a fortiori sauveur de la France.
Ces compères viennent de faire ensemble la louange du pape, leur mentor écologique.
L’encyclique du pontife assimile la défense de l'environnement au respect de la Création divine, et le parti Vert se déclare en « convergence » avec le pape : contre la « consommation », pour la « sobriété », contre les « puissances de l'argent » (18 juin).
Pour Cécile Duflot, « l'écologie peut être comprise comme un dépassement du matérialisme » (Libération).
Ainsi, c'est avec ferveur que les Verts servent leurs deux maîtres, Hollande et le pape : en aidant les salariés, les communes, à moins consommer, grâce aux budgets et pactes d'austérité ; en approuvant la sobriété hospitalière de la loi Touraine.
Chacun voit bien aussi que le banquier-ministre Macron combat les puissances de l'argent.
Et par leur pieux soutien à la réforme Vallaud-Belkacem du collège, les Verts soulagent la jeunesse de connaissances inutiles, qui font obstacle à la vraie foi dans les mystères de la Création.
Hollande et les Verts convergent donc avec ce qu'ils appellent « une autorité morale de ce niveau » (Dantec, sénateur vert).
Nous verrons bientôt comment cette haute autorité morale " dépasse le matérialisme " : finances et mafia, pédophilie ecclésiastique, etc...

A bientôt

Le grand scandale des inégalités de santé



C’est en France aujourd’hui, que dis-je, en région parisienne, un voyage en RER proposé par « Périphéries » le 21 juin sur France Inter. Cela peut paraître insignifiant, vous verrez que les thèmes abordés dans cette émission d’un très bon niveau, laquelle côtoie l’excellente émission « 3D » qui va disparaître à la rentrée, sont toujours importants sur leurs contenus.
De quoi s’agit-il ? D’un parcours le long de la ligne B du RER.
Départ : le jardin du Luxembourg au cœur de la capitale. Arrivée : La plaine Saint Denis à peine quinze minutes plus loin.
Entre les deux, l’illustration des inégalités territoriales de santé dressées par Emmanuel Vigneron un professeur de géographie, spécialiste de la géographie sanitaire.
Et dans ce périple, qui n’est pas un parcours de santé, chaque minute compte car entre départ et arrivée, en moins de quinze minutes, l’espérance de vie des habitants du quartier a chuté de plus de six années.

Et oui en France, comme dans le monde « avancé », aujourd’hui les inégalités de santé se creusent. Certaines sont liées à la catégorie sociale à laquelle on appartient. D’autres au territoire où l’on vit une forme de discrimination. Les classes sociales n’ont pas disparues comme aiment à le raconter les « experocrates ». Je vais donc vous résumer l’enquête.
Pour les français malgré tout, la santé est toujours perçue comme une préoccupation majeure, arrivant souvent en deuxième position après l’emploi dans les sondages.
La santé a constitué un enjeu électoral au début de la Révolution française et lors du Front populaire.
Mais en dehors de ces périodes, assez peu de « politiques » voient dans la santé une source de revenus et d’emplois très importante, une source de lien social aussi, de cohésion de la nation, une source de fraternité bien utile quand la société est malmenée par la crise. Pourtant tout le monde en paye le coût dans le cadre des impôts républicains et de la Sécu. La santé c’est nous tous à travers les salaires qui payons, mais dans le cadre de la « baisse du coût des charges de l’entreprise » et depuis l’intégration comptable des dépenses de santé par l’UE dans le cadre du budget de l’Etat c’est devenu une dépense diminuée et à diminuer. Donc les politiques en parlent peu, sauf pour dénoncer des « abus ». Quand on compare aux « modèles » américains ou anglo-saxon on est encore loin de leur décadence, mais laissera-t-on aller jusque là ? C’est à nous de voir !
La santé c’est un domaine qui a connu de très grands, rapides et spectaculaires progrès. Longtemps, il a suffi de faire confiance à ce progrès.
Longtemps, il n’y a pas eu scandale. On avait fait un système de santé très égalitaire, bâti sur le même modèle que les lycées, les écoles... La France était un pays à peu près continûment peuplé, et de Paris jusqu’au plus petit hameau, il était assez facile de répartir les équipements selon un principe d’équité.
Aujourd’hui, les zones qui sont loin ou en « périphérie » des métropoles sont des zones de relégation : on y trouve à la fois les personnes âgées et les moins riches. On a donc une sorte de double relégation, qui atteint paradoxalement les personnes qui ont plus besoin de santé et de la solidarité sociale que d’autres. Les déséquilibres se sont donc accentués.
Toutes les inégalités ne sont pas des scandales. Mais quand les inégalités frappent toujours les mêmes, il y a injustice.
Dans le schéma de l’espérance de vie en Ile-de-France, au long du RER B [document ci-dessous]. On y voit qu’à quelques kilomètres de distance, à âge égal, le risque moyen de mourir varie de six ans. La carte des problèmes de santé recouvre en grande partie la carte de la pauvreté.
Mais Vigneron dit aussi que le fait même de vivre dans ces quartiers est pathogène... « C’est ce qu’on appelle « l’effet ZUS ». Il a été démontré que le simple fait d’habiter dans une zone urbaine sensible – une fois qu’on a neutralisé les effets d’âge, de sexe et de classe sociale – a des effets pathogènes. Ils sont liés à mille choses : au cadre de vie, au stress, à la pollution éventuelle, au faut qu’il n’y a pas d’offre de santé suffisante dans ces zones-là. On constate souvent plus de souffrance psychologique et d’obésité qu’ailleurs. C’est simple : dans les quartiers où il y a beaucoup de pauvres, les magasins vendent des trucs de pauvres et la qualité de la vie et de la bouffe s’en ressent. Quand on est plutôt aisé dans une zone pauvre, on adopte même le genre de vie des gens de la zone pauvre. »
Vigneron remarque que le sociologue Didier Fassin considère que « dans les pays industrialisés, l’état de santé d’une population ne dépend de son système médical que pour 1/5e, le reste relevant de facteurs proprement sociaux ».
Quand bien même l’état de santé ne serait lié que pour 20% au système de santé, eh bien c’est 20% sur lesquels nous pouvons agir, et sur lesquels la Constitution fait injonction à tous les républicains d’agir et ce sans oublier les pourcentages restants. On n’améliore pas la qualité des hôpitaux en diminuant leur budget ! D’autant plus que la santé reste un système très administré en France, et donc accessible à l’action publique. Des solutions il y en a, mais il faut rompre avec ce système capitaliste financier inique. Vigneron propose quelques améliorations, en particulier : Enseigner. « Si les jeunes médecins recevaient davantage d’enseignement des humanités – et ce n’est pas un vain mot puisque par le passé ça avait abouti à une meilleure répartition des professionnels –, la situation serait différente. Souvenez-vous : la vente de timbres sur la tuberculose à l’école, c’était de la vraie prévention, on avait des timbres et on allait les vendre en sonnant aux portes des voisins au profit du comité de lutte contre la tuberculose. On se sentait mû d’une certaine responsabilité et du même coup, on apprenait qu’il fallait se laver les mains pour lutter contre les maladies infectieuses. En gros : la République, ça s’apprend. Et pas avec TF1 ».
Mais là aussi l’enseignement ne prend pas la bonne direction.




A bientôt.

mercredi 1 juillet 2015

Anxiogène… Vous avez dit anxiogène ?...




Vivre est dangereux, la preuve on en meurt !

Et pourtant l’impression dominante dans notre pays est que l’espérance de vie s’allonge, malgré le matraquage sur les dangers qui font le quotidien. Faites un petit tour du monde médiatique (Journaux, radio, Tv,…) et si vous n’êtes pas dépressifs, c’est que vous pensiez à autre chose pendant que le poste fonctionnait. Car même le « « bruit de fond » entretenu, surtout sur les radios périphériques, par les présentateurs de ces « informations » obscurantistes ou de café du commerce doit vous rendre neurasthénique ou … violent. C’est fait pour ! Hurlez avec eux ! Contre tout ! Car vous ne pourrez rien changer ! En tout cas c’est ce qu’ils disent. Ainsi vous n’aurez pas à réfléchir.
L’obscurantisme, « autrefois » en recul, est l’opposition à la raison, à la diffusion de l'instruction, de la culture, des progrès des sciences. Il est en particulier dirigé contre le peuple. Les «élites » ne sont pas la « cible », bien qu’aujourd’hui souvent peu cultivées. Les pratiques religieuses sont obscurantistes car elles nient tout progrès et tout nouveau savoir, ou, au « mieux », les adaptent au nom de leurs dogmes. L’instruction laïque généralisée est le rempart contre ces maux. Cette remontée de l’obscurantisme et le retour des peurs moyenâgeuses, sont dus au recul de l’instruction publique dans nos pays, au profit de l’éducation, et à la décadence de notre système économique favorisant la prolifération des conversions religieuses dans notre monde « moderne ».

Mais le plus dramatique est quand « l’information » est une reprise du résultat d’UNE étude, évidemment « scientifique », alors qu’en sciences si une étude n’est pas passée par l’exercice de la réfutation ou n’est pas la résultante commune de plusieurs études, elle ne peut pas être jugée scientifique. Qu’importe, ces charlatans font le « buzz ». C’est cela l’important dans notre monde moderne.
Tout est bon pour nous alarmer. Dernièrement c’est le Pr Joyeux (qui porte mal son nom),  « médecin qui s'est déclaré contre la pilule, contre l'avortement, qui a pris des positions rétrogrades sur toute une série de sujets » qui, se prévalant de sa qualité de cancérologue, a lancé avec succès (500 000 signataires) une pétition sur les vaccins dans le but d’éliminer l’obligation de vaccination. Toujours avec un mélange de vérités et surtout contrevérités (pour ne pas dire mensonges), écriture qu’il a apprise de sa proximité avec l’extrême droite, experte dans l’art hypocrite de noyer le poisson, pour ne pas avoir l’air de paraître rétrograde.
Il faut bien dire que les campagnes contre la vaccination ne sont pas une spécialité française, elles touchent le monde dit évolué. Les résultats sont déjà perceptibles : les allemands sont aux prises avec une grave épidémie de rougeole avec mortalité infantile, chez nous la tuberculose est de retour, et l’Espagne vient de constater le premier cas de diphtérie depuis 30 ans, chez un enfant de six ans à Olot près de Gérone(*1). Les « vieilles maladies », que l’on croyait éradiquées, resurgissent et tuent dans le cadre de cette absence vaccination, quels progrès !

L’écologie, ah ! l'écologie …
Lucien Gauthier, dans InformationsOuvrières, rapporte :
« Tous les jours on nous bassine : il y a trop de vaches, trop de paysans, trop de progrès, trop de nourriture, trop d'hommes. Dans le journal patronal suisse, Entreprise romande du 2 avril 2015(*2), un article pose la question : la grande erreur de l'humanité n'est-elle pas l'invention de l'agriculture ?
Et l'article de citer spécialistes et autres experts expliquant que les chasseurs-cueilleurs des temps primitifs « menaient une vie plutôt tranquille. Ils semblent avoir été généralement bien nourris (...). Si l'espérance de vie moyenne à la naissance était faible, c'est que de nombreux enfants mouraient en bas âge. Ceux qui survivaient atteignaient des âges plus élevés. L'invention de l'agriculture a constitué un changement (...). Alors que les chasseurs-cueilleurs ont une nourriture d'une grande variété, les agriculteurs se sont trouvé dépendants de quelques grandes cultures. La malnutrition s'est développée (...), les famines sont devenues récurrentes. L'élevage et les concentrations démographiques ont permis l'apparition de nombreuses maladies infectieuses. »
Bref, les coupables ce sont l'agriculture et le progrès qui en découle. »
Vous savez ce qu’il reste à faire et à dire : le progrès c’est l’infâme.

Le moindre mouvement doit vous rendre malade, quelle chance de vivre encore dans cette accumulation de risques !
Et manger, n’en parlons pas ! Plus rien n’est comestible !
Ah si ! Le topinambours et le rutabaga, vedettes des années de restrictions durant la guerre de 40, reviennent sur … les cartes des restaurants étoilés, car très mode et « bio ».
« Maman ne ressuscite pas ! Tu croirais que l’on est revenu dans un temps honni ! ».
Nous découvrons le quinoa, renvoyant à la famine les indiens andins dont c’était la culture principale, par l’augmentation du prix des semences créée par nos fantaisies de trop nourris occidentaux.

« Le travail gratuit n’est pas une bonne idée » a dit Fillon le 19 mai sur France Inter. Le dire c’est déjà y avoir pensé ! Quelle générosité de la part de ce larbin de l’exploitation ! Un vrai curé !

Il n’y aurait plus de classes sociales, plus de combats : le champ libre aux exploiteurs !
Dans le Monde Diplomatique Serge Halimi (avril 2015) rapporte :
« Puisque chacun prétend se soucier de l’envol des inégalités, pourquoi cette analyse du Fonds monétaire international (FMI) est-elle passée à ce point inaperçue ? En raison de ses conclusions ? Dans une étude présentée en mars dernier, deux économistes issues de ce temple du libéralisme relèvent « l’existence d’un lien entre la baisse du taux de syndicalisation et l’augmentation de la part des revenus les plus élevés dans les pays avancés durant la période 1980-2010 ». Comment expliquent-elles ce lien ? « En réduisant l’influence des salariés sur les décisions des entreprises », l’affaiblissement des syndicats a permis d’« augmenter la part des revenus constitués par les rémunérations de la haute direction et des actionnaires ». Selon ces économistes du FMI, … le creusement des inégalités que les libéraux préfèrent traditionnellement attribuer à des facteurs impersonnels (mondialisation, technologies, etc...) découlerait du déclin des organisations de salariés. Doit-on s’en étonner ? Quand le syndicalisme, point d’appui historique de la plupart des avancées émancipatrices, s’efface, tout se dégrade, tout se déplace. Son anémie ne peut qu’aiguiser l’appétit des détenteurs du capital. Et son absence, libérer une place qu’envahissent aussitôt l’extrême droite et l’intégrisme religieux, s’employant l’une comme l’autre à diviser des groupes sociaux dont l’intérêt serait de se montrer solidaires. »

On aimerait savoir ce que pensent les « experocrates » de la banderole déployée lors de la grève du 9 avril « le patronat exige, les gouvernements appliquent : moins d’impôts, de salaire, de cotisations sociales, de services publics, de Code du travail, de protection sociale, de congés … mais plus de profits ! ».
Ce sont là les valeurs des exploiteurs !
En tout cas cette politique libérale et ce système capitaliste pourrissant tuent, la réalité est là !

Vous êtes encore vivants !... Car ce n’est pas d’aujourd’hui que la pollution opère ses méfaits. Le « fog » des villes dans ma jeunesse était du au chauffage au charbon utilisé par une majorité des citadins. Donc aujourd’hui à Toulouse l’air est bien meilleur car on ne connaît plus ce fameux « fog ».
Alors votre espérance de vie n’aurait pas baissé malgré toute votre consommation de nourriture intoxicante, l’air vicié que vous inhalez et tous les risques que vous croisez ?...
N’espérez pas trop, ça va venir, car Europe impose : les dépenses de santé seront de plus en plus restreintes, votre retraite reculée, « dette » oblige ! Scientifiquement cette fois, il y a un rapport direct, et vérifié statistiquement, entre l’espérance de vie de l’humain et ces deux paramètres ! Mais on vous aura fait croire que c’est le progrès et ses dangers ! Comme s’il n’existait aucun rapport entre le progrès et la qualité de vie de l’humain. Notre système politique égocentrique, insensible et antidémocratique est en cause, en première ligne.
Tsípras a raison de dénoncer en Grèce « la responsabilité criminelle » du FMI, n’osant pas dire la troïka. Notons l’absence de démocratie de la direction européenne qui, encore une fois, ne respecte pas le résultat d’un vote populaire.
Vivants encore, mais démoralisés, c’est le but !
Pour aider la classe exploitée à se frayer un chemin, il faut  construire un parti qui fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait : « Un parti qui se situe sur le terrain de la lutte de classe (…), qui se prononce pour la rupture avec l’Union européenne, avec une bagarre en permanence contre elle (…). Un parti ouvrier ouvert. » Bref : « La construction d’une force politique ouverte et démocratique qui corresponde à nos intérêts …» C’est la tâche que se fixe le POI (*3) en France.

A bientôt.

(*1) Mort depuis.
(*2) La Fédération des Entreprises Romandes Genève défend les intérêts de ses 27000 entreprises membres et leur fournit des services à forte valeur ajoutée.
(*3) Parti Ouvrier Indépendant



dimanche 22 mars 2015

André Brink et le NON à l’apartheid.




« Antigone est la première
dans l’Histoire à avoir osé
dire : NON » (André Brink)




André Brink est né dans une famille afrikaner descendant de colons boers, arrivés en Afrique depuis trois siècles, son père était magistrat et sa mère institutrice. En 1960, le jeune étudiant sud-africain André Brink, découvre, à la Sorbonne … qu’il existe des Noirs. Il avait vécu jusque-là dans son pays natal, ne fréquentant que des Blancs, au sein d’une famille de farouches partisans de l’apartheid. C’est alors qu’il ose dire : NON, et qu’il rompt avec le régime raciste. Puis il rejoint les « Sestigers » (« Ceux des années 60 »), un groupe d’écrivains compatriotes hostiles à la ségrégation : Alan Paton, Breyten Breytenbach, Nadine Gordimer, John Coetzee.


Après L'Ambassadeur en 1964, il engage le combat par le roman en 1973, il publie Au plus noir de la nuit, qui relate les amours réciproques entre une Blanche et un acteur noir, lequel est torturé, puis condamné à mort, sous l’accusation du meurtre … de celle qu’il aime. Il fut le premier écrivain afrikaneer frappé par la censure en Afrique du Sud pour ce roman qualifié de «pornographique».
Suivent Un instant dans le vent (1976) et Rumeurs de pluie (1978), puis en 1979, Une Saison blanche et sèche est structuré autour d’une triple enquête, dans le cadre du massacre de Soweto (1976). Un jardinier noir enquête sur la disparition de son fils, qui est allé manifester. Le jeune homme mourra en prison. Puis le père disparaît à son tour : trop curieux. Il mourra sous la torture. Un professeur blanc, jusque-là partisan du gouvernement, reprend l’enquête du jardinier de son école, et l’étend aux deux morts : il est écrasé par une voiture. Un 3e enquêteur prend le relais : un journaliste, ami de l’enseignant, dont on nous laisse entendre que sa dernière heure a sonné.
Un turbulent silence, en 1982, évoque une révolte d’esclaves de 1824, puis un roman en France, Le Mur de la peste (1983) où l’on reconnaît l’influence d’Albert Camus, son auteur préféré.
États d’urgence  (1988)  puis, Un acte de terreur en 2 tomes (1991), qui est une réflexion sur le terrorisme : la bombe jetée sur un chef d’Etat épargne sa cible, et tue des innocents.
Adamastor (1993), Tout au contraire (1994), Les Imaginations du sable (1995), Le Vallon du Diable (2000), Les Droits du désir (2000). Dans Au-delà du silence (2003), voilà que les femmes s’en mêlent : elles se révoltent à leur tour, et font entendre leur voix, au-delà du silence imposé par l’oppression.
L'Insecte missionnaire, 2006, L'amour et l'oubli, 2006, La porte bleue, 2007, Dans le miroir suivi de Appassionata , 2009.
En 2007, il publie ses mémoires d’Afrikaner, sous le titre de Mes Bifurcations : il revendique ses liens avec Nelson Mandela et la bourgeoisie noire. Il critique le gouvernement tripartite, et notamment les dirigeants de l’ANC, incapables et corrompus, le tout dans un mélange de déception et de résignation.
Malgré quelques positions devenues ambiguës, André Brink est resté fidèle au combat de sa vie contre les préjugés ancestraux entretenus par le colonialisme, selon lesquels « les Noirs sont des porteurs d’eau et des coupeurs de bois » (Hendrik Verwoerd, ministre afrikaner « aux affaires indigènes », créateur de l’apartheid) ou bien « les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures » (Jules Ferry, Président du conseil, organisateur de l’expansion coloniale française).
Un grand écrivain et un grand combattant antiraciste nous a quitté le 6 février 2015, n’hésitez surtout pas à plonger dans sa littérature qui m’a, et qui vous passionnera.

A bientôt.

dimanche 1 mars 2015

Un témoignage et mise au point



Les évènements qu'on a abusivement étiquetés de 11 septembre français n'en finissent plus de faire causer la gent. On a pourtant que peu entendu déplorer que les criminels n'aient pas été pris vivants et traduits dans un procès exemplaire avec des philosophes, des sociologues, et des politiciens internationalistes. Plutôt que leur loger deux balles dans la tempe comme si on sortait... de l'automne 2011, et susciter d'autres vocations de martyres. On perd là une occasion de théoriser des sujets de société capitaux et d'éduquer les foules.
Je refuse de m'estampiller "Charlie", parce que j'ai peur de ces unanimités bêlantes (je pense donc je suis, ou bien : je suis le cortège ?) et que je les ressens en totale contradiction avec l'esprit des défunts. Des tas de gens se sont trouvés en résonance avec des journalistes qu'ils ne connaissaient pas ou dont les opinions leur auraient profondément déplu s'ils avaient compulsé le journal avant. Et comme j'ai l'esprit mal-tourné, je crois discerner dans cette immense manifestation de solidarité une pointe de satisfaction de voir arraisonnée, aplatie, banalisée une expression frondeuse.
Pour le reste, le recentrage des débats sur les caricatures de Mahomet -droit de satire ou agression à l'encontre de la population musulmane- me navrent, les remèdes éducatifs de cette société en dérive m'intéressant plus que ce qui finit par s'apparenter à une bravade de ses errements.
Au final, les excès de laïcité me débectent autant que le goût du sacré.

E.H.

dimanche 1 février 2015

Et maintenant ?

Et maintenant ?...  Où est le problème ?

La « crise économique ».
Elle entraîne (et ce n’est pas fini) l’appauvrissement d’une partie de la population et rends précaires nombre de garanties sociales. Ces dernières décennies ont été marquées par les processus suivants :
1. Appauvrissement massif d’une classe sociale.
2. Précarisation d’une grande partie des travailleurs qui, même avec un emploi, redoutent l’avenir.
3. Accroissement démesuré des inégalités au profit de la classe dirigeante.
4. Régression des services publics et de solidarité : école, services de santé, retraites, etc…
5  Discrimination raciste grandissante (selon le Bureau International du Travail, on ne peut pas dire que c’est une organisation militante radicale, quatre employeurs sur cinq font de la discrimination à l’embauche).

Est-ce l’échec de la politique d’immigration ?
La politique d’immigration est très simple : assurer une force de travail moins chère que la force de travail nationale. Cette mise en concurrence des travailleurs permet de niveler par le bas les coûts du travail. Par conséquent, au-delà des beaux discours idéologiques sur l’intégration, il y a toujours eu une politique très simple qui visait à assigner les immigrés et leurs enfants, français, à des places sur le marché du travail moins bien payées. L’immigré est alors pour les populistes le bouc-émissaire.
Ici rien de nouveau, ce fut le cas pour la politique d’immigration européenne, polacs, ritals, portugais, lors de l’essor de l’industrie. Assigner systématiquement des personnes à des places subalternes ne peut entraîner que des frustrations, des revendications, des révoltes et des réaffirmations identitaires. Ce type de revendications perturbe donc l’ordre établi, elles vont donner de l’eau au moulin de l’extrême-droite en particulier et, de manière générale, vont être utilisées par les politiciens pour dire : « vous voyez, ils ne sont pas assimilables ». Ce qui s’est passé pour les enfants de l’immigration européenne, mais les fameux acquis sociaux et le travail ont permis un gommage des problèmes.
Pour l’immigration suivante, entièrement engagés dans les politiques de dérégulation imposées par l’UE, les gouvernements de gauche comme de droite tentent d’éviter les colères sociales en diffusant sur la délinquance, sur l’insécurité, etc.. Au sein des classes populaires, la composante issue de l’immigration des anciennes colonies est celle qui est la plus touchée par la crise en même temps qu’elle est désignée comme responsable des maux sociaux. Le colonialisme déplace la cible de l’immigré vers le musulman. 
Processus d’humiliation dans les quartiers (ghettos) populaires avec des contrôles de police permanents, pas de travail + discrimination à l’embauche. A cause de la « crise économique », l’immigré passe du modèle de bouc-émissaire, modèle historique qui a toujours existé en Europe, à celui de l’ennemi de l’intérieur, bien connu aussi des Européens, l’exemple le plus flagrant les juifs « allemands ».

Et les médias ?
Différence dans le traitement médiatique des affaires Breivik et Merah ? Le premier est qualifié de fou, le second est étiqueté terroriste musulman… les médias ont directement écarté les explications de type pathologique : on l’a présenté comme un homme stable, faisant des choix politiques rationnels qui seraient compatibles avec ses mœurs… Par contre, quand le tueur n’est pas musulman, on dit généralement que ça ne peut être qu’un malade mental. A force de diaboliser les musulmans, on crée des islamophobes. Comme si l’islam était une entité uniforme. Qu’une organisation comme Amnesty International puisse aujourd’hui objectiver les faits et conclure même à l’existence de législations islamophobes dans certains pays européens, c’est une étape positive. Ca nous sort du champ idéologique.

Alors ?
Opposer la haine à la haine serait une défaite collective.
Eradiquer le terrorisme par la violence, l’expérience et l’Histoire nous apprennent que c’est impossible. Il ne faudrait quand même pas oublier que dans une époque, que j’ai vécue, nous avons connu un terrorisme entre français (où certains leaders d’extrême droite d’aujourd’hui ont participé activement) avec l’OAS, où l’ETA en Espagne, l’IRA en Irlande, la fraction armée rouge en Allemagne, qui n’avaient rien à envier au djihad. Ce sont des actes que nos jeunes ne connaissent pas car nous les avons refoulés.
Restreindre les libertés au nom des libertés serait un manquement à la République, comme l’a fait l’illuminé Bush avec le Patriot Act et Guantanamo, qui n’ont fait qu’envenimer les choses par leur illégalité et leur bestialité.
Il ne faut pas permettre aux terroristes de nous obliger à leur ressembler. Les fous furieux qui sont morts sont des enfants perdus du système qui nous régit, le sang d’un assassin est encore le sang d’un homme.


Un système qui pour survivre s’appuie sur une coalition militaire chargée de maintenir  « l'ordre » impérialiste à l'échelle mondiale, sous la direction des Etats-Unis sous couvert de lutte contre un terrorisme que cette coalition a elle-même armé et souvent soutenu, qui se fixe de terminer le travail de désintégration des peuples et des nations du Moyen-orient, dans une guerre qui n'est pas « une guerre de civilisations » mais une guerre pour le contrôle des marchés et des matières premières ; cicatrices de guerres coloniales, ghettos de quartiers sacrifiés, génération grandie entre deux cultures, services publics délaissés, échec scolaire, chômage, il faut s’estimer heureux que tout n’est pas pris feu, mais le désespoir et l’humiliation ne conduisent pas toujours au suicide, loin de là..

La laïcité contenue dans la loi de 1905, loi de séparation des Eglises et de l'Etat (après des années de discussions et de combats) ne doit pas être rénovée comme on peut l’entendre trop souvent, mais appliquée. Opposer et servir les religions comme le font les Médias et les Politiques, finirait par un bain de sang. La loi de 1905 nous a préservé de cela depuis 110 ans. C'est une loi de concorde, pour une République qui reconnaît aux citoyens la liberté de conscience, la liberté de culte, la liberté de croyance et de non croyance dans le cercle privé, et la laïcité dans les sphères de l’Etat. Fonds publics au public, fonds privés au privé.
Il faut en finir avec l’austérité pour les peuples qui détruit la solidarité. Les peuples ne doivent rien à personne. Si l’on en croit le milliardaire Warren Buffet : « Il y a une lutte des classes. C’est ma classe, les riches, qui a déclaré cette guerre et qui est en train de la gagner. »
Donnons lui tort sur l’issue !

A bientôt

lundi 26 janvier 2015

L'histoire de George Stinney



George Stinney avait 14 ans ce 16 juin 1944 quand les gardiens sont venus le chercher à l'aube dans sa cellule pour le conduire dans le couloir de la mort vers la chaise électrique.
Sa petite taille les obligea à mettre un annuaire sur cette chaise. Le masque noir mis sur son visage avant l'exécution étant trop grand pour lui, il tomba, si bien que lors des premières décharges électriques, les cris et le visage de l'enfant qui se tordait de douleur resteront gravés à jamais dans la mémoire des témoins.
Un tribunal l'avait condamné, le 24 avril de cette même année, à la peine de mort pour le meurtre de deux adolescentes blanches (en Caroline du Sud la majorité pénale était de 14 ans).
George était noir.
George, enfant noir, était le coupable idéal. Il était le dernier à avoir parlé aux deux adolescentes, qui lui avaient demandé un renseignement. A l'annonce de leur disparition, il était allé voir la police pour lui signaler ce fait. La police en avait conclu qu'il était le meurtrier. Le procès dura à peine trois heures. Il suffira de dix minutes au jury, composé de douze hommes blancs, pour le déclarer coupable. Son avocat, un Blanc, ne fit pas son métier, ne convoquant quasiment pas de témoins, n'engageant pas de recherches. Et quand l'enfant fut condamné à mort il ne fit pas appel de la décision, ce qui aurait permis de suspendre l'exécution et de contester les « preuves » avancées.
Le 17 décembre 2014, soixante-dix ans après de longues procédures, un juge vient de casser ce jugement. Il a démontré, sur la base d'une étude minutieuse du dossier, que la police avait fabriqué l'accusation, extorqué des aveux, que le procès n'avait été qu'un simulacre, et que rien, rien ne permettait un quelconque soupçon sur sa responsabilité. Soixante-dix ans après, le procès est donc cassé. Mais un enfant de 14 ans a été exécuté.
George n'avait qu'un tort, comme beaucoup d'autres après lui, y compris en 2014, celui d'être un Noir aux Etats Unis.
    
    

2015

2015.
Encore une nouvelle année qui commence.
Sous quels auspices !
Quelques chiffres parlent d’eux-mêmes :

Cent trente millions.
C’est le chiffre record de couverts annoncé par les Restos du cœur pour cette nouvelle campagne durant quelques mois, à ceux qui en ont besoin.
Coluche, en septembre 1985, il y a près de trente ans, lance, sur les ondes d'Europe 1, l'idée "d'une cantine qui aurait l'ambition de distribuer deux à trois mille couverts par hiver ". Il fait cette proposition face à la pauvreté qui se développe. En effet, depuis le tournant de la rigueur en 1982-1983, le gouvernement PS-PC-Radicaux, sous la présidence de Mitterrand, a décidé le gel des salaires dans la fonction publique, les coupes dans les budgets sociaux, les restructurations dans l'industrie, la création de stages et petits boulots pour les jeunes, le forfait hospitalier, etc… Il ne s’agit pas de crise mais de « réformes » pour adapter l’Europe à la « compétitivité » nous dit-on. Pour les besoins du système capitaliste financier.
Le résultat est là : le chômage augmente, la précarité se répand, notamment chez les jeunes. Aux clochards traditionnels se substituent les SDF. Tous les gouvernements successifs, de droite et de gauche, ont poursuivi ces contre-réformes.
En 1986-1987, les Restos du cœur distribuent 11,5 millions de repas ; en 1988-1989, 25 millions ; en 1991-1992, 29 millions ; en 1993-1994, 36 millions ; en 1995-1996, 50 millions ; en 1998-1999, 60 millions ; en 2012-2013, 130 millions !
La politique d'austérité et de contre-réformes des gouvernements successifs, dictées par l’Union européenne au service des capitalistes et des banquiers, aboutit à ce que des organisations capitalistes comme les Restos du coeur, financés par les dons des citoyens de ce pays, avec des dizaines de milliers de bénévoles qui tiennent les antennes des Restos, jouent un rôle social majeur, se substituant à l'Etat, dans le même temps où les différents gouvernements ont remis en cause nombre de services de l'Etat ou de services publics qui jouaient ce rôle. La charité chrétienne remplace la solidarité républicaine honteusement répudiée par les différents gouvernements et l’UE.
Quel succès, et jusqu’où ?

Un milliard trois cents millions,
c'est le coût en euros de vingt années de recherche de centaines de scientifiques européens et de dix ans de voyage de la sonde Rosetta et du robot Philae qui est descendu sur la comète « Tchouri ». Un milliard trois cents millions pour une fantastique aventure scientifique et humaine.
Un milliard deux cents millions,
c'est le coût final en euros pour la construction du nouvel immeuble de la Banque centrale européenne (BCE).
En effet, celle-ci était « à l'étroit » dans ses locaux et avait décidé de faire construire un nouveau bâtiment dont le devis était de 800 millions d'euros, et dont la facture finale est de 1,2 milliard. Quand le secteur public ne respectait pas les devis c’était un scandale, le secteur privé lui peut arriver à quadrupler le coût, c’est une légère imperfection.
La BCE est cet organisme de l'Union européenne qui participe de l'offensive pour la réduction des déficits publics, pour le maintien de la rigueur et de l'austérité contre les peuples et les travailleurs.
Et dans cette situation, une bande de bureaucrates surpayés décide de s'offrir le luxe d'un nouveau bâtiment. Mais qui paye ce 1,2 milliard ? Cet argent est pris dans les contributions que les Etats versent à l'Union européenne. Ces contributions sont puisées dans les budgets des Etats financés par les impôts des populations des pays de l'Union européenne. Le président de la BCE a gagné près de 400 000 euros l'an dernier, soit le double de ce que gagne le président de la Réserve fédérale américaine.
Un milliard trois cents millions : pour vingt ans de recherche scientifique, pour l’avenir, pour la civilisation humaine.
Un milliard deux cents millions pour la destruction de l’avenir et de la civilisation humaine !

Six milliards et demi,
Les prélèvements sur les entreprises vont diminuer de 6,5 milliards d’euros en 2015. Ces mesures s’ajoutent au Cice, qui doit monter en puissance l’an prochain. 41 milliards d’euros sur quatre ans, offerts aux patrons.
Objectif: diminuer le coût du travail, en français « d’en bas » baisser les salaires, pour relancer l’emploi. Effet du pacte de responsabilité : à partir du 1er janvier 2015, les patrons qui paient leurs salariés au smic sont exonérés de toute cotisation de Sécurité sociale, le taux de cotisations familiales est abaissé de 5,25 % à 3,45 % pour les patrons dont les salariés sont payés en dessous de 1,6 Smic. Encore une fois : baisse des bas salaires, et amputation des budgets dont celui de la santé, pour le profit des entreprises ! On va vous faire pleurer ensuite sur le montant des fraudes détectées sur la SS qui ont crû de 12 %, à 174 millions et on oubliera encore que l’une des fraudes à la TVA, appelée « carrousel de TVA », résultante du traité de Maatstricht, coûte chaque année plusieurs milliards d'euros aux finances publiques. La France peine encore à lutter contre ces circuits de fraude, qui se sont criminalisés, tout comme dans les autres pays européens, mais mieux vaut taper sur les peuples fraudeurs que sur les entreprises fraudeuses !

Le désastre social et politique auquel conduit l’orientation d’un gouvernement entièrement subordonné à l’UE et à la classe capitaliste et ses financiers ne peut plus être masqué. Valls dans le journal espagnol El Mundo, qui publie une interview du Premier ministre français, avertit les Français que les sacrifices pour redresser le pays devront continuer pendant des années. « Je ne veux pas dire aux Français que d'ici deux à trois ans nous en aurons fini avec les sacrifices », déclare le Premier ministre né à Barcelone au journal conservateur qui le présente comme « l'Espagnol qui veut changer la France ». Répéter le leitmotiv de la Troïka, « les peuples doivent payer », une nouvelle spécialité « socialiste ».

La marche à la barbarie s’accélère. L’exemple de la Grèce est significatif.
« Si le FMI comme l'Union européenne n'ont cessé de reprocher aux gouvernements grecs successifs n'avoir pu aller jusqu'au bout de la mise en oeuvre des mesures destructrices, il n'empêche que les coups portés aux travailleurs, aux jeunes, aux retraités sont gigantesques.
Pour n’en citer  que quelques-uns : le taux de chômage y est passé de 7,5 % en 2009, à 28 % en 2014 (officiellement 49,8 % chez les moins de 25 ans, et en réalité beaucoup plus). Amputés par différentes mesures issues des mémorandums, les salaires ont diminué de 22 % en trois ans… lorsqu'il sont versés, puisque le mémorandum du « socialiste » Papandréou, en 2011, aboutissait à verser 60 % seulement de leur salaire à 30 000 fonctionnaires, sommés de trouver un nouvel emploi avant d'être congédiés de leur poste. Des entreprises publiques ont été privatisées et bradées par dizaines, comme le port industriel du Pirée à la Chine, ou purement liquidées, comme la chaîne de radio-télévision publique ERT. Dans l’Education nationale, explique un syndicaliste de I'ELME (branche régionale du syndicat des enseignants du secondaire, OLME) d'Argolide : « Quand la situation en arrive à un point où il nous arrive de voir des élèves faire des malaises parce qu’ils ont faim, cela pourrait paraître dérisoire d'ajouter que les mémorandums ont supprimé des centaines de postes d’enseignants, les manuels scolaires, des laboratoires et des équipements sportifs. Nous n'avons pas assez de fioul l'hiver pour chauffer les classes. »
Pendant ce temps, par exemple, les armateurs grecs qui n’ont jamais payés d’impôts en Grèce s’enrichissent toujours. Au Portugal on meurt cet hiver de la grippe faute de pouvoir consulter assez rapidement. Des directeurs d’hôpitaux démissionnent car le taux de mortalité dans leurs établissement augmente. Et l’on entend Merkel, assassin en liberté, inflexible.
Les 1 % les plus riches posséderont bientôt la moitié de la richesse mondiale.
Aider au rassemblement des forces qui refusent au gouvernement la collaboration du mouvement ouvrier dans un parti indépendant : c'est l'urgence du moment.

A bientôt.

mercredi 21 janvier 2015

LE CYCLISTE DESEQUILIBRE



Le forcené de Nantes avait frappé, dégommant le petit peuple du marché de Noël. C’était à peine quelques jours après le drame de Dijon où un autre chauffeur fou avait envoyé treize passants à l’hôpital.
Il ruminait ces nouvelles moroses tout en caressant dans le sens du poil sa misanthropie. L’être humain se portait décidemment bien mal. La fête jetait papillotes et guirlandes sur tous les maux de la planète.
Et lui, il roulait ce jour-là sur sa piste cyclable journalière, en routinier des transports doux, longeant la plateforme du tramway et ses voitures qui lui prenaient de l’avance avant qu’il ne les rejoigne à la prochaine station.
C’est à la station Vaulx-en-Velin La Soie que ça s’est passé : un attroupement s’était provisoirement constitué à la descente des voyageurs, avant que ceux-ci ne s’éparpillassent. Tous se ressaisissaient de leurs sacs, choisissaient les directions nouvelles de ce matin grisâtre, en butant sur les talons d’une personne plus âgée ou plus lente. Une force s’est emparée de lui, le poussant à accélérer le pédalage, monter en danseuse sur ses pédales, faire danser ses sacoches à l’unisson et à foncer dans la foule en criant violemment « Allah Akbar ». Son dix vitesses fendait l’air humide à l’approche de ce carnage programmé, et il était trop tard pour actionner les deux notes de sa sonnette quand ses hurlements atteignirent les oreilles de la gent. A son grand étonnement, celle-ci ne parut pas terrorisée et se rangea sans précipitation en deux paquets opposés, jetant à son encontre un regard blasé et somme-toute peu hostile ; des adolescents prirent même son assaut pour une plaisanterie. L’absence de choc lui fit perdre l’équilibre et chuter au milieu de l’assemblée, sans avoir brusqué quiconque.
Seule la vidéo-surveillance du quai s’émut de cette action.
Aujourd’hui, la police hésite encore entre l’acte d’un terroriste et celui d’un déséquilibré.
E.H.
Ecrit le 1 janvier 2015